— Elle est très drôle. Elle n’aime pas du tout le chocolat.

Et en même temps il coule un regard doucereux vers la poche de Mme Ray. Sans doute ce n’est pas très discret, et Trott se juge sévèrement. Mais il a si envie de chocolat ! Mme Ray ne comprend rien. Il y a des jours où les grandes personnes sont trop bêtes. Si Trott était si bête que ça quand on lui fait lire sa page, Miss le gronderait joliment. Mme Ray rit, de son drôle de rire très gai, qui est comme si on secouait très vite un tas de petites sonnettes, et elle dit :

— C’est extraordinaire. Ça lui viendra plus tard. Mais dites-moi à qui elle ressemble : à votre papa ou à votre maman ?

Trott rougit d’indignation. Est-ce que ce vilain petit paquet pourrait ressembler à sa maman qui est si jolie avec ses cheveux si blonds, ses yeux bleus comme le ciel du beau temps et ses joues blanches et roses comme si elles étaient en cire ? ou à papa qui a une si belle barbe brune et des galons d’or sur sa casquette ? Trott répond d’une voix dédaigneuse :

— Non, madame, elle ne leur ressemble pas du tout. Elle ressemble plutôt à ces choses rouges, vous savez, qu’on voit chez le monsieur qui vend des saucisses.

Mme Ray pousse un cri d’horreur :

— Et la voix du sang, Trott ?

Trott ne la connaît pas. La voix du sang, ça doit être terrible. Heureusement une autre voix crie :

— Vous pouvez amener Mme Ray chez bébé.

Cette mission rassérène Trott. Il pourrait mener Mme Ray n’importe où, puisqu’elle ne sait pas le chemin. Mais lui, il le sait, lui qui n’est qu’un petit garçon. Et il la conduit d’un air protecteur. Chemin faisant, il lui explique que bébé n’est pas encore très jolie ; qu’il ne faut pas que Mme Ray soit fâchée si elle ne lui dit pas bonjour, et mille autres choses encore. Voilà le seuil de la porte franchi. Trott passe très vite devant la nounou qui l’effraye toujours un peu et conduit Mme Ray près du berceau. Sans doute bébé est encore trop rouge ; mais, après tout, c’est rare d’être si rouge que ça. Il n’y a guère que Will, le cocher anglais de Mme Gordon, dont le nez brille encore plus. Et Trott fait l’article :