— Comment as-tu donc fait pour te jeter par terre, mon pauvre bonhomme ?

Trott ne peut pas répondre. Il pleure trop. Enfin, il articule entre deux sanglots :

— Je… je l’ai fait exprès.

Papa et maman se regardent avec stupeur. Qu’est-ce que ça veut dire ?

Il ne faut jamais mentir. Quoique ce soit difficile, surtout quand on a tant de larmes à écouler, Trott explique. Il a voulu savoir si sa maman et son papa ne l’aimaient plus du tout. Il sait bien qu’on ne peut pas l’aimer, lui qui est vieux, comme sa petite sœur qui est neuve. Mais il croyait qu’on pouvait tout de même l’aimer encore un peu. Il voulait savoir. Alors, maintenant, il est bien content, bien content, quoique… Les cataractes redoublent de violence.

Maman passe un bras autour du cou de Trott et lui tamponne les yeux. Papa lui tient les mains dans les siennes. Ils sourient tous deux, mais avec un sourire particulier, encore plus tendre. Et une musique de paroles très douces vient caresser les oreilles et le cœur de Trott. Et il apprend une nouvelle étonnante. Il paraît qu’on l’aime tout autant qu’avant, et même tout autant que Lucette. Seulement Lucette est toute petite. Elle ne peut rien dire. Elle n’a pas de force. Alors il faut veiller sur elle. Tandis que Trott est un grand garçon. Mais on l’aime tout autant, bien sûr, tout autant. Papa soulève son petit garçon dans ses bras, lui plante un gros baiser sur chaque joue et interroge, le regardant bien en face :

— On est consolé maintenant, mon bonhomme ?

Et Trott répond, les yeux rouges encore et la bouche souriante :

— Oh oui ! mais, tout de même, je suis bien content que je me sois fait une grosse bosse.

IV
UNE BONNE IDÉE