— Et puis ? interrogeait Trott.

Et puis, c’était encore ceci et c’était cela. Elle avait parcouru tout le bateau. Il avait l’air très solide. Tout était luisant de propreté. Il y avait des quantités de marins avec des cols éclatants et des soldats. C’était une vraie ville.

— Et puis ?

Eh bien, — maman donnait à Trott deux ou trois baisers coup sur coup, — eh bien, après, n’est-ce pas ? il avait bien fallu se dire adieu. — Encore un baiser. — Papa avait raccompagné maman sur le pont jusqu’au petit escalier par où l’on descend. Il lui avait dit encore beaucoup de choses tendres pour ses petits enfants, entre autres de les embrasser très fort pour lui ; il y avait pour Trott un message particulier : qu’il se souvienne bien de sa promesse. Trott est tout ému. Quoi, papa a encore pu penser à lui au dernier moment ?…

— Et puis ?

Et puis, maman avait quitté le bateau ; papa n’avait pas pu la reconduire jusqu’à terre, parce qu’elle était restée à bord aussi longtemps que c’était permis et même un peu plus. Alors elle était descendue toute seule dans une petite barque qui l’attendait et qui, en quelques coups de rame, l’avait ramenée à terre, où était sa voiture. Avant d’y monter, elle s’était retournée encore une fois pour voir un mouchoir blanc qui s’agitait. Elle aurait voulu rester jusqu’à ce que le bateau fût parti. Mais papa l’avait défendu. Alors elle a sauté dans la voiture, et très vite, toute seule, elle est partie, elle a pris le train, et elle est venue retrouver ses petits enfants.

Maman se tait. Trott n’ose pas la regarder. Sans doute elle pleure, et elle ne doit pas aimer qu’on la voie pleurer. Trott demeure donc pensif à fixer le feu où serpentent des petites flammes jaunes et rouges. Et puis il se dit que si sa maman a trop de chagrin, c’est l’instant ou jamais d’essayer de la consoler, puisqu’il a promis d’être un brave petit homme. Alors il lève les yeux. Maman avait les paupières baissées ; on aurait dit qu’elle voyait en dedans des tas de choses qui passaient. Mais, dès qu’elle a senti le regard de son petit garçon, elle l’a regardé aussi et s’est mise à sourire. Oh ! le lamentable, le désolant sourire ! A le voir, Trott a eu une terrible envie de fondre en larmes.

Mais il doit être un brave petit homme. Il l’a promis. Alors il renfonce toute cette eau qui aurait voulu sortir, et il se contente d’embrasser sa maman en lui disant :

— Je serai bien content quand nous aurons la première lettre de papa.

Maman a laissé reposer sa voix pendant un petit moment, et puis elle dit :