Je dis à mon ami Deck.
—Ils ont du cran, tes grenadiers.
—Iô!... répond-il... des bibelots!
Car M. Deck, en bon Alsacien, raille ses sentiments les plus vifs. De race forte et militaire, il aime les soldats et la gloire. Vivant malgré lui une histoire étrangère, il s'est attaché à des souvenirs que rien ne venait effacer. La fidélité alsacienne se cramponnait alors à l'image d'une France un peu désuète. Ici les vétérans ont conservé leur uniforme, les pompiers leur plumet rouge, et le langage des archaïsmes.
—Quel est le régiment français entré le premier à Witzheim?
—Le cent soixante toûssième te ligne, a répondu fièrement M. Deck.
[III]
Bien qu'il soit dix heures du matin, Joséphine apporte la tarte aux quetsches. Cinq ans de guerre ne m'ont pas fait oublier ce que Mme Deck appelle un petit morceau et j'observe depuis huit jours un demi-jeûne préparatoire.
Qui n'a pas vécu en Alsace pendant la saison des quetsches ignore les plaisirs du goût. Les fruits sont serrés comme les tuiles du toit; le jus sucré garde cependant encore une nuance d'âpreté qui le relève; la tarte immense est le symbole même de l'abondance heureuse.