Philippe demanda quelles impressions lui avait laissé le couvent.
—Nous étions très heureuses: toutes les élèves rivalisaient de pratiques et d'exaltation.
—Mais que vous enseignait-on?
—L'histoire religieuse, les papes, les schismes... Puis le dogme: le cours était fait par un jeune abbé timide qui n'aimait pas mes questions. Il n'était pourtant pas bête.
Elle sourit à un souvenir.
—Un jour, il avait donné en composition l'immortalité de l'âme. Je l'avais prouvée en montrant que les méchants doivent être punis quand ils ont échappé aux châtiments terrestres. «C'est une mauvaise raison, me dit l'abbé Hamon, elle prouve que l'âme survit au corps mais on ne voit pas pourquoi ce serait pour l'éternité. Les méchants seraient aisément punis en quelques années.» C'était juste, ne trouvez-vous pas?
—Oui, dit Philippe, qui marchait maintenant derrière elle sur le chemin de halage étroit, mais comment la prouvait-il, lui?
—Je ne sais plus: cela n'a pas grande importance... On nous apprenait aussi l'histoire romaine, à cause des martyrs. J'avais été vivement frappée par l'histoire des Carthaginoises coupant leurs cheveux pour en faire des câbles de vaisseaux; je me représentais mes cheveux tressés en câble pour quelque grande guerre. C'était un sacrifice agréable... J'aimais beaucoup Scipion et César.
—Il n'y a rien de plus beau au monde que l'histoire de Rome, dit Philippe avec exaltation. Toutes nos grandes idées viennent de là. M. d'Ouville collectionne des débris romains. À quoi bon? Nous sommes tous des débris romains. Mais je préfère, moi, Brutus à César.
Geneviève qui suivait sa pensée, continua: