—Madame, dit Geneviève, avançant son petit menton fin, je ne sortirai pas d'ici avant que vous ne m'ayez répété les propos qui se tiennent sur mon compte. On ne peut exagérer quand il n'y a rien.

Elle dut lutter encore assez longtemps, mais à la fin sa volonté précise triompha de la résistance rageuse de Mme Bresson.

—Ma pauvre petite, cela m'ennuie bien de vous répéter ces horreurs dont je ne crois pas un mot, mais vous le voulez... D'abord tout le monde dit que votre mari est un communiste.

—Ceci, dit Geneviève est affaire entre lui et ses chefs; ce n'est d'ailleurs pas de cela que parlait Catherine.

—Eh bien! On dit surtout que, si vous avez accepté à votre retour de Paris d'épouser un homme qui n'était pas en somme de votre monde... c'est que vous ne pouviez faire autrement.

—Que je ne pouvais faire autrement? Mais pourquoi? dit Geneviève stupéfaite.

—Parce que vous vous étiez compromise à Paris, parbleu! dit triomphalement la vieille dame.

—Mais qui a inventé ces sottises?

—On dit aussi, continua Mme Bresson, qui maintenant semblait prendre un certain plaisir à voir la colère étonnée de Geneviève, que vous avez été la maîtresse d'un ami de votre mari qui est venu chez vous il y a six mois... Là, il faut avouer, ma pauvre petite que vous avez été bien imprudente... Comment? Vous, une jeune femme, vous laissez un homme s'installer chez vous pendant quinze jours, vous vous montrez seule en ville avec lui?... Vraiment, que voulez-vous qu'on pense?

—Évidemment, dit Geneviève, et qui vous a dit tout cela, madame?