Philippe n'aimait pas qu'elle attachât de l'importance à des détails si mesquins. Il lui expliqua longuement que la mode est un préjugé, dicté aux classes riches par l'ingénieuse perversité des couturières et des modistes; il aurait voulu au contraire qu'elle prît plaisir à braver ces sentiments médiocres.

Elle l'écouta docilement et l'approuva, mais elle coupa les larges bords de son chapeau, fit un point pour changer légèrement la forme de la coiffe, et Philippe, étonné, dut reconnaître qu'elle avait réussi en un quart d'heure à se faire semblable aux belles personnes du Bois. Il ne lui savait pas tant d'adresse.

Madame de Lamartine recevait dans son atelier, devant la fameuse pendule d'albâtre qu'elle avait elle-même sculptée. Son maigre visage encadré de bandeaux épais avait une dignité mélancolique. Ses nièces Anglaises l'entouraient. Lamartine, debout près de la fenêtre, parlait à une femme élégante et vive, qui était Delphine de Girardin.

Tant d'admirateurs obscurs défilaient dans ce salon, que si Philippe avait été seul il est probable que sa visite se fut passée en banalités médiocres; mais la beauté de Geneviève intéressa Madame de Lamartine qui lui parla de la vie de province, d'Abbeville et de Mâcon, avec une sympathie un peu compassée.

Geneviève regardait Lamartine dont le profil doux, calme, et grave se détachait sur la fenêtre claire. Grand et svelte, il avait, dès qu'il faisait un geste, l'air de s'élancer.

On apporta du thé et des gâteaux, à la mode anglaise: Mme de Girardin et Lamartine se rapprochèrent. Le poète lui-même servit Geneviève: elle parla timidement des Méditations et de Jocelyn.

—J'ai renoncé à faire des vers, dit-il; tout homme qui en écrit à mon âge devrait être privé de ses droits politiques. On croit que j'ai passé trente ans de ma vie à aligner des rimes et à contempler les étoiles; je n'y ai pas employé trente mois.

Geneviève regardait avec un plaisir infini ces traits fins et mobiles, ces yeux alternativement bleus et gris comme un ciel d'automne. C'était le temps où il s'efforçait de donner à ses visiteurs une impression de maîtrise de soi et de bon sens vigoureux. Sa nature ondoyante et diverse était fatiguée de la gloire littéraire; aux aspirations bucoliques avaient succédé de très nobles ambitions politiques. Il s'ennuyait.

Philippe qui s'était rapproché, dit que ses amis attendaient du poète de grandes choses, surtout s'il acceptait le principe de réformes sociales.

«La politique, répondit-il assez dédaigneusement, est une science expérimentale où les principes ne se jugent bien qu'aux conséquences, mais ce pays-ci veut des idoles et non des hommes d'État. La foule s'attache à mes pas; je ne puis pas faire de miracles.»