—Quel beau temps, dit-elle; si tu t'accordes un après-midi de liberté en l'honneur de Paris, nous irons glisser sur l'étang.

Il ne répondit pas. Après le déjeuner Bertrand d'Ouville vint les voir: il était inquiet. On disait maintenant que le Roi était à Fontainebleau et que la garde nationale révoltée se battait contre la troupe de ligne. Une dame qui avait pu arriver de Paris avec un train militaire prétendait que le prince de Joinville était régent. Elle avait traversé quatorze barricades pour parvenir à l'embarcadère. En arrivant à Enghien elle avait vu de grandes flammes sur Paris.

—Geneviève, dit brusquement Philippe, il faut que j'aille à Paris ce soir.

—Toi, Philippe? et pourquoi?

—Mais ne vois-tu pas ce qui se passe? dit-il. La révolution est triomphante et on essaie de l'escamoter. C'est le devoir de ceux qui voient clair de s'y opposer. Il faut que chacun soit à son poste: le mien est près de mes amis.

—Philippe, tu ne voudrais pas me laisser seule... S'il t'arrive quelque chose, je suis seule au monde...

—Geneviève, je t'en prie, dit-il avec tristesse... Vois plus grand, plus large que cela... L'avenir de la France, du monde peut-être, dépend de quelques jours de lutte et tu ne penses qu'à nous.

—L'avenir du monde, dit Bertrand d'Ouville... Vous voilà parti pour la guerre de Cent Ans.

Mais Geneviève ne lutta plus.

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