Le capitaine Lamouret, doyen des capitaines de la garde, renfermé strictement dans le cercle de ses devoirs militaires, cherchait peu à aller au delà, et l'estime l'entourait.
Le lieutenant en premier Thibaut avait la réputation d'un bon officier, et avec les braves de la garde, il était impossible que ce fût une réputation usurpée.
Je ne connaissais pas le lieutenant en second Lerat. Toutefois, je savais qu'il était considéré.
La seconde compagnie avait pour son chef le capitaine Combe, qui s'était fait honorablement remarquer le jour de l'infâme trahison de Marmont, et qui est mort glorieusement au siège de Constantine. Le capitaine Combe avait beaucoup d'esprit naturel; il était instruit, les beaux-arts occupaient ses loisirs, il dessinait assez bien. Il avait une force musculaire remarquable. Son père, colonel, l'avait élevé très durement, et il s'était de bonne heure habitué à cette dureté; on pourrait même dire qu'il se l'était appropriée, ce qui quelquefois le rendait gênant pour ses camarades. Son courage était à toutes les épreuves; mais il était au moins aussi ambitieux que brave, et, s'il avait vécu, il aurait donné de la tablature au pouvoir.
Je n'ai pas connu le lieutenant en premier du capitaine Combe, M. Joseph Duguenot. Le capitaine Combe en parlait avantageusement.
Le lieutenant en second Bigot faisait honneur à son habit. Je l'avais quitté avec la réputation du bon soldat, je l'ai retrouvé avec les sentiments d'un bon citoyen, ce à quoi MM. les Impériaux ne m'ont pas habitué.
La troisième compagnie n'avait pas son capitaine titulaire. Elle était provisoirement commandée par le lieutenant en premier Charles Dequeux, officier capable qui la commandait bien et qui méritait de la commander définitivement. Un autre lieutenant en premier, Jean-Pierre-Édouard Paris, avait une noble conduite et jouissait d'une belle réputation.
M. Jean-François Jeanmaire, sous-lieutenant dans cette compagnie, tenait une belle place dans le rang des bons officiers, et, jeune encore, il était considéré comme un excellent militaire. Ce brave est maintenant messager d'État à la Chambre des députés.
Le capitaine Jules Loubert affectait les allures de ce qu'on appelle une personne bien née: ce qui n'est pas toujours la preuve d'une haute naissance. Cependant le capitaine Loubert était «fils de famille», comme on disait jadis. Ses prétentions aristocratiques le rendaient impopulaire; il n'était pas aimé. L'Empereur le chargea d'aller à Gênes acheter des draps. Puis il le choisit pour être le danseur de la princesse Pauline, ce qui était un bon choix, car le capitaine Loubert dansait parfaitement. On le considérait comme le Vestris de la garde, qui avait cependant d'autres fort bons danseurs. Bien manier les jambes n'empêche pas de bien manier l'épée, le capitaine Loubert était un bon officier. La garde nationale de Paris lui donna une grande marque d'estime: elle le nomma colonel d'une de ses légions.
Le lieutenant en second Seré-Lanaure comptait au nombre des braves. Le lieutenant en second Franconnin se faisait remarquer par une politesse exquise; il était aussi bien placé dans un salon que dans un camp. À travers la douceur de son caractère, ses yeux brillaient de courage, et comme soldat son rang était au premier rang des braves.