Toutes les prédictions de l'Empereur se sont accomplies.
L'empereur Napoléon ne parlait des Bourbons que d'une manière digne. Jamais une parole déplacée n'échappait à son langage le plus animé. Pourtant il connaissait tous les propos désordonnés que l'on se permettait aux Tuileries.
Un sot se présenta à Porto-Ferrajo, et ce sot portait à sa boutonnière un lys qu'il paraissait afficher avec une ostentation insultante. L'inconvenance provocatrice était au moins grossière. Ce chevalier du lys fut bientôt appelé au champ d'honneur: il paraîtrait que sa bravoure n'était pas égale à son étourderie,--on le disait du moins. L'Empereur interposa son autorité pour qu'on ne tirât pas l'épée. Sa Majesté blâma les susceptibilités qui s'étaient trop facilement irritées. Cependant, le malencontreux porteur du lys dut partir.
L'Empereur dit à l'occasion de ce petit événement: «La France de la Restauration est à la France de l'Empire ce que le Lys est à la croix de la Légion d'honneur.» Et cette comparaison fit une grande impression. Alors la croix de la Légion d'honneur était encore vierge de ces distributions honteuses et multipliées qui l'ont ensuite jetée sur des poitrines où elle n'aurait jamais dû se trouver.
Les correspondances particulières occupaient aussi l'esprit de l'Empereur: il témoignait le désir qu'on lui communiquât ce qu'il y avait de relatif aux affaires du temps. Quelquefois il y trouvait des paroles de blâme; alors il discutait pour se défendre. Mais la correspondance générale lui garantissait les sympathies et les voeux de la France pour son retour. Les lettres aux grognards faisaient souvent rire beaucoup de monde, et c'étaient ces lettres dont Sa Majesté se plaisait à commenter le langage.
Les bâtiments de transport attachés aux mines de Rio étaient aussi un grand moyen de relation intime avec le continent italien, et par l'intermédiaire de l'administrateur général, l'Empereur en profitait. Les mines elboises fournissaient le minerai à toutes les usines qui fabriquent le fer dans les États napolitains, dans la Romagne, dans la Toscane, dans la Ligurie, et des bâtiments riais étaient sans cesse à Naples, à Civita-Vecchia, à Livourne, à Gênes, ainsi que dans les ports intermédiaires entre ces villes maritimes.
Le pavillon elbois était un objet d'extrême curiosité pour tous les peuples. Partout l'on accourait pour le voir, pour parler à des gens qui avaient pu approcher l'Empereur. Les capitaines de navires avaient ordre de tout observer.
Lucien Bonaparte était propriétaire de grands fourneaux. Les capitaines riais rendaient compte que c'était chez lui où l'on trouvait les ennemis les plus implacables de l'empereur Napoléon. Lucien Bonaparte!... républicain démocrate en France, prince despote à Canino, et qui, tour à tour législateur, ministre, ambassadeur, poète, historien, ne put jamais, malgré l'influence de son nom, s'élever en rien au-dessus des médiocrités de son époque.
L'empereur Napoléon serait mort sur le trône s'il n'avait pas eu des frères et des soeurs... Cependant, nous faisons une honorable exception en faveur de la princesse Pauline. Le dévouement de cette princesse fut toujours exemplaire. Nous en disons autant de Madame Mère; elle se montra digne de son auguste fils.
La princesse Pauline avait opéré un rapprochement entre l'empereur Napoléon et le roi Murat. Il paraîtrait que de ce rapprochement était résulté un traité d'alliance offensive et défensive d'après lequel l'île d'Elbe était cédée aux Deux-Siciles. Nous avons été possesseur d'une lettre du roi de Naples écrite de sa main, dans laquelle ce prince rapportait les clauses et conditions de cette cession.