L'Empereur s'amusa beaucoup de mon embarras par et pour le «Pater noster», et il me promit de m'expliquer cela plus tard; ce qui me prouva que ce «Pater noster» avait quelque chose de mystérieux. Il me fit répéter mot à mot toutes les paroles du ministre Fossombroni. Il se rappella (sic) avec intérêt d'André Vacca.

Pendant que j'étais sur le continent, l'Empereur avait fait une course à Rio, et l'agent comptable, qui en mon absence avait l'intérim de l'administration, s'était empressé de lui communiquer le plan d'une église qui devait être dédiée à saint Napoléon, et dont, avant nos malheurs nationaux, j'avais déjà fait creuser les fondements. L'Empereur s'étonna beaucoup de ce que je ne lui avais pas dit un seul mot à cet égard; il me demanda la raison de mon silence; il ajouta: «J'adopte votre plan. Maintenant j'ai trop de besogne sur les bras: nous commencerons aux premiers jours de l'année prochaine. Dans moins de deux ans tout sera fini.» Je répète cela pour justifier l'opinion qu'en arrivant à l'île d'Elbe, l'Empereur ne croyait pas en partir dans dix mois, et qu'il n'en serait pas parti si on ne s'était pas fait un jeu de la violation de son traité avec les trois grandes puissances de la coalition.

L'Empereur fit également demander en son nom par le grand maréchal le payement du trimestre échu des subsides annuels stipulés par ce même traité, et Talleyrand, à qui l'on s'était adressé en sa qualité de ministre des affaires étrangères, eut l'impudence de ne pas répondre.

II

L'EMPEREUR HOMME PUBLIC ET HOMME PRIVÉ.

Je me suis maintes fois entretenu du caractère de l'Empereur, mais ce que j'en ai dit se trouvait lié à des circonstances dont je devais rendre compte, et les traits caractéristiques ainsi épars n'ont pas pu se graver dans la mémoire de mes lecteurs. Le moment est venu de leur expliquer l'Empereur comme je me le suis expliqué à moi-même. Qu'on n'oublie pas que c'est un républicain qui parle!

Napoléon Bonaparte était Corse: l'orgueil le domina, jusqu'à ce que la noblesse innée de ses sentiments lui eût fait comprendre que l'orgueil n'était qu'une faiblesse puérile. Alors il remplaça l'orgueil par l'ambition; ainsi, dès son bas âge, son orgueil le poussait parmi les enfants qui étaient plus avancés que lui, et plus tard, à l'école de Brienne, son ambition le portait à prendre place avec les élèves les plus distingués. Cela l'obligeait à travailler.

L'ambition suivit Napoléon Bonaparte dans les camps; elle contribua glorieusement à en faire un général. Cette ambition était alors toute patriotique.

Le général Napoléon Bonaparte débuta dans le commandement des armées comme les vieux généraux en chef finissent. Son ambition le pressait de prendre place au premier rang; il arriva vite à la toute première place du premier rang. Son ambition était devenue une ambition de patriotisme et de gloire.