Au moment du départ, l'Empereur me demanda si je connaissais le caroubier qui était à la campagne de Saint-Joseph appartenant à M. Rebuffat, et si ce caroubier méritait la réputation de beauté qu'on lui faisait. Je répondis à l'Empereur qu'il y avait deux caroubiers, le mâle et la femelle; que le caroubier mâle, sans être aussi considérable que celui de la reine Jeanne en Sicile, était cependant fort important, puisqu'on pouvait dresser sous son ombrage une table de soixante couverts, ce qui était arrivé à l'occasion du repas nuptial de Mlle Rebuffat auquel j'avais assisté: «Allons visiter l'arbre de noces», dit l'Empereur. Nous allâmes; l'Empereur se promena sous les deux caroubiers; il nous assura qu'il payerait beaucoup pour avoir deux arbres semblables à son château de Saint-Martin Saint-Cloud.
Il fallait retourner au logis. Je pris congé de l'Empereur: «Je suis bien content de ma journée d'hier et de ma journée d'aujourd'hui.» Telles furent les dernières paroles de son adieu; il allait coucher à Longone.
CHAPITRE V
LES TRAVAUX DE L'ÎLE D'ELBE
I.--Les palais impériaux.--La maison de Pons à Rio.--Réception de lord Bentinck.
II.--Visite de l'Île par l'Empereur.--La Pianosa.--Palmajola.--L'approvisionnement de l'Île.--Propagation de la pomme de terre.--Industries locales.
III.--Port de Rio.--Projet de Pons.--Napoléon ingénieur.--Napoléon mis en selle.
IV.--Les projets de M. Bourri.--Les hauts fourneaux de Rio.
V.--Les plantations.--Les lazarets.--Oliviers et mûriers.--La forêt de Giove.--Un plan de Napoléon pour le reboisement des montagnes de France.--La guerre sanitaire de Livourne et Porto-Ferrajo.