XXX

Quel autre moyen que la force ? Le grand artiste ne vit que pour posséder le monde, et le refaire à sa guise. Napoléon est le poète de l’action : la guerre est son art magnifique. Il pétrit la glaise humaine ; il modèle dans le vif de la masse chaude, dans la chair et la pourpre du sang.

XXXI

Il était fort causant, mais jamais sans dessein. Il fait parler les autres, pour apprendre ce qu’il veut savoir. Dès qu’il le sait, l’entretien n’est plus pour lui, ayant une opinion, qu’une escarmouche où il l’impose, et parfois un combat. Telle est la causerie à Ninive : un plaisir sans contradiction.

XXXII

Puissance de l’imagination : il la connaît ; mais non pas assez en lui. A tout instant, il croit ce qu’il veut ; il se voit lui-même comme il s’imagine. Et telle est sa force, sur les faibles, qu’on le voit encore comme il a voulu qu’on le vît.

Il y a de quoi rire et de quoi admirer, quand il parle de son amour pour la paix, de tout ce qu’il y voulait faire. C’est pour faire la paix qu’il va jusqu’à Moscou, mettant l’Europe à feu et à sang ; et s’il avait pu, il eût été faire la paix aux Indes, en Perse et en Chine.

Il ne ment pas. Il voit ce qu’il rêve, comme l’artiste au travail. Ha ! donnez-moi un monde ou deux à conquérir, pour que j’y fasse la paix, pour que je le taille, en plein bloc, à l’image de ce que je veux, de ce que je suis !

XXXIII

Il est sans pitié pour tout ce qui trouble la valeur, pour tout ce qui altère l’étalon d’or, tel qu’il le fixe en tous les ordres.