Le Noroit pousse une pluie épaisse et glacée. La rafale passe, rapide; et le silence, entre-temps, s’établit sinistre, haineux, immense.
On devine la brume plus qu’on ne la voit, à l’éclat voilé des feux, dans le lointain, aux points de l’horizon où l’on cherche les phares. Dans les intervalles que laisse la rumeur du vent, on n’entend que le hurlement rauque de la sirène, et le galop reculé de la terrible Torche. Le ciel et la contrée se confondent en une masse d’encre, où court le reflet lugubre du grand feu de Penmarc’h, semblable à un éclair louche sur un disque de bitume.
Le vent jette contre les vitres les paquets d’eau qui s’y écrasent, et qui dégouttent lentement. De temps en temps, l’eau roule du toit avec un grincement qui ressemble à un cri étouffé de bête. Et la girouette crie, comme une pie enrouée, sur son axe de rouille.
La mer roule sa plainte, là-bas, dans le gouffre de la nuit noire. Le silence est bien plus émouvant de n’être troublé que par elle. Une tristesse forte et large tombe sur tout le pays,—une tristesse qu’on aime comme un hôte divin, inévitable et qui se fait craindre.
Et là-bas, partout, c’est l’Océan qui gronde, sur les bords de la Nuit. La solitude est pleine de cette voix immense. Et celui qui l’écoute,—seul aussi,—reste pensif, s’ennuie à l’idée d’entendre le son de la voix humaine, et sent son cœur profond devenir taciturne...
C’est dans le même mois, nuit pour nuit, et par un temps semblable que j’ai perdu ce que j’avais de plus cher au monde. La journée avait été venteuse, livide et froide; le ciel était nuageux. Et le lendemain, je fus seul... Et il plut à torrents... Et dans mon souvenir, je tremble encore à l’horreur où me jetait l’idée de toute cette terre noire, glacée et humide... Hélas! sur cet Amour si profond, que je n’en ai point été séparé sans être à jamais déchiré de moi-même, que de soleils ont passé depuis, que de pluies sont tombées, que de jours et de nuits...
La pensée ne peut fixer longtemps cet abîme, et refuse d’y croire. Ou, il lui faudrait s’y précipiter...
Emporte, emporte-la donc, toi qui sais te répondre, solitaire Océan.
L’ADIEU
19 novembre. Kenavo...