Cependant la nuit grise tombait du ciel gris. Tout le ciel bas pesait sur la route noire et les arbres sombres, comme un pierre funèbre, sans une veine plus claire, une dalle de grès, uniformément livide. Un chat-huant froua, dans le fourré des hêtres; et un coup de vent pluvieux fit grincer au loin la girouette.

—J’ai envie d’être mort..., répéta Tugdual avec lenteur; et, pris de colère:—Ah! voyons, laissez-moi aller!

Et d’une secousse rapide, il se dégagea de l’étreinte du prêtre. Dans ses yeux vacillait une lueur d’égarement sinistre. «Cette nuit... Cette nuit même...» murmurait-il.

Le vieux prêtre le suivait du regard. Et Tugdual s’éloigna d’un pas raide et saccadé, entre les haies funèbres sous le ciel morne.

XII
BUCOLIQUES DE SEPTEMBRE

En Benodet.

Ayant trouvé le champ libre, le troupeau quitte la lande, taureau en tête. De-ci, de-là, les vaches tirent de la haie une branche molle, une tige verte. Elles mordillent au passage, et ne s’arrêtent pas. Elles sont cette fois à la promenade. Elles vont sagement, balancées sur leur large croupe, comme les barques sur la vague. Elles lèvent un peu la tête de côté; on dirait qu’elles cherchent à voir le pays, et que le taureau noir les guide: parfois, il se retourne à demi; il les regarde venir, quand elles s’attardent. Il les conduit ainsi jusque sur le phare. Elles foulent la terrasse dallée, qui sonne sous leurs pas; elles frottent leur museau contre la grille, où rien n’est vert, ni tendre, ni bon à manger. Une, les cornes passées sous la balustrade, médite, et rumine, tirant la langue entre les barreaux.

Le matin est bleu comme le myosotis; il sent la fleur et le sel; la brise tiède est un souffle, un frisson dans une lyre d’or.

Cependant, le taureau noir s’est enhardi jusque sur les roches. D’un sabot délicat et sûr, il va plus loin que le phare; il descend sur les pierres trempées que le jusant découvre; et il se campe sur le dernier roc, où la mer se brise. Le bloc noir et brillant d’eau se confond avec le sabot noir de l’animal, et lui fait un socle. Il contemple avec attention la rive, que la lentille de son gros œil reflète, inaltérable. Dans l’air si bleu et si clair, sur la roche où le soleil n’épanche pas encore sa vague blonde, on dirait moins le taureau que l’ombre d’un taureau même...

Hommes et femmes, nous avons un sexe pour les animaux; et leur nez le leur dit. On s’en aperçoit, quelquefois, à la campagne.