—Je ne veux pas. J’ai envie d’être mort. Laissez-moi tranquille,—dit-il avec irritation, après un silence; mais il ne fit pas un geste de son bras, où la main du vieillard était posée.—Que me voulez-vous enfin?—reprit-il d’une voix grondante; et ses yeux brillaient d’une flamme hagarde, comme une lampe dans la fumée.—Dormir?... Aller chez vous?... Non. Vous êtes trop près du cimetière...

—Votre femme vous a tout pardonné, Tugdual; elle vous aimait.

—Je ne l’aimais pas, moi. Je l’ai tuée.

—Non, que dites-vous là?

—Je l’ai tuée, que je vous dis. Je le sais mieux que vous...

—Ce n’est pas vous, Tugdual, qui l’avez fait mourir; elle est morte de chagrin, et parce que Dieu l’a permis...

—Je vous dis que je l’ai tuée... C’est moi, son chagrin,—fit-il avec une irritation violente.

—Obéissez à la pauvre créature, puisque vous vous repentez ainsi, Tugdual...

—Je ne me repens pas... Je l’ai tuée, et j’ai bien fait...

Le prêtre regarda longuement l’homme qui lui parlait de la sorte, plus roide sur ses pieds que jamais, et dont les lèvres frémissaient, fébriles. Il soupira, pensant: «Je n’en tirerai rien.»