Un court moment de silence. L’espace retient son haleine, comme dans l’angoisse et la terreur. L’air a la palpitation morne et lente d’un cadavre qui se refroidit. Dans la lande, le bétail beugle—et, tout au fond du pays marin, sans qu’on sût dire où, un sourd mugissement de mer répond au beuglement des bêtes.

On tourne la tête, du côté où l’on n’a pas pensé à regarder encore: et l’on reste effrayé. Roulent et tombent du Levant sur la mer, d’immenses nappes noires. Tant elles se précipitent, qu’on ne peut les suivre dans leur galop; et toutes bientôt se confondent. Dans la masse, on ne distingue plus que des étages d’ombre. Sur la base reculée des nuages noirs, tournent en fumant des tourbillons noirâtres, teintés d’ocre et de roux, pareils à la fumée du charbon, dans les villes de houille. Ce ciel lugubre cache l’autre, et s’abaisse toujours davantage sur l’Océan qui verdit, qui se plombe, comme un malade dans l’accès de fièvre pernicieuse.

Les bonnes femmes secouent la tête et disent:

—Le ciel a bien mauvaise apparence...

—C’est la tempête...

A ce nom, elles se signent.

—Hier soir, fait un vieux marin, je l’ai dit: les vents sont bas. Il y aura du dégât avant la nuit.

Et il fume pensivement sa pipe, la tête en l’air, renversée pour consulter le temps.

Ma Doué! Ma Doué[E]! murmurent les femmes.

Et, tout à coup, comme si le monstre était né de l’embrassement du ciel et de la mer, et se déchaînait, éclatant entre leurs faces qui le pressent, le vent se rue avec un cri terrible. La rafale bondit; les hurlements brusques se suivent de si près qu’ils ne font plus qu’une clameur accablante. La mer se forme. Les vagues montent à l’assaut des rocs.