XVI
FIN DU JOUR

En Kerloc’h. 19 octobre.

Il fait triste et gris. Le crépuscule soucieux d’une journée morose regarde la campagne. Les landes et les buissons s’assombrissent. Les souches d’ajoncs retiennent un rayon de lumière, et le renvoient de côté, louche comme un regard sournois.

Le poulain rouan s’ennuie dans la lande, et tourne sa tête, au mufle naïf de jeune nègre, vers sa mère, la jument blanche, qui mâche mécaniquement du foin, tombé de quelque voiture sur la route.

Les enfants rentrent à la maison, un fruit à la main; et la bonne chienne, qui les suit, happe un quartier de la pomme aux doigts du plus petit, qui crie. Au tournant du chemin, la vieille grand’mère, qui toujours se hâte et trottine, traîne son petit-fils, si blond qu’il semble de lin blanc, qui bavarde, qui se cambre en arrière, tirant sur le bras de la bonne femme, et veut aller en canot, dit-il.

Les nuages roulent pesamment à l’Ouest. «Il y a mention de tempête», fait Naïk à la vieille Marie. Et celle-ci de bénir cent fois le nom du Seigneur, pour détourner le mauvais sort de l’orage, et l’éloigner des siens qui sont en mer.

La longue ferme, au coude de la route et du pré, contre les haies où les hauts genêts sont en fleurs, souffle doucement un long, un mince fil de fumée bleue, au-dessus du chaume. C’est une solide bâtisse, en pierre grise qui brille. Et par la porte ouverte, pleine d’une ombre rousse, on voit dans la salle déjà noire, où luisent les charbons rouges au fond de l’âtre, une jeune femme debout près du dressoir, qui, les bras arrondis, comme si elle appelait la nuit à elle, range sa coiffe...

XVII
TEMPÊTE

Coup de Sud-Est. Jour d’octobre.

Soudain, le jour d’automne s’est obscurci. On ne voit plus le soleil que par plaques de cuivre, posées de loin en loin au hasard des éclaircies, sur les hauteurs et sur les rives. Partout, entre deux échappées lumineuses, des pans d’ombre tragique, grise de ce gris qui n’est ni le jour ni la nuit, mais qui semble la couleur des éclipses.