Socrate est né d’Athènes pour porter le premier coup à la cité heureuse des beaux aristocrates. Qui est plus athénien que lui?—Et le grand César, cet effort surhumain de Rome, accomplissant le destin de la ville, la perd dans l’univers qu’il lui associe.
Je dédie ces reflets d’elle-même, et que je voudrais de la même eau pure qu’elle, à cette Bretagne, la plus noble terre qui soit dans le Nord, à la fin des temps où il y eut des peuples singuliers en Europe et des provinces libres. Le Barbare est partout à nos portes,—je veux dire l’automate saxon, machiné dans les usines de la morale et de l’esprit à bon marché. Le monde nouveau se reconnaît déjà dans les États-Unis,—dont le nom odieux semble peindre un univers partout nivelé sous une médiocrité impitoyable.
La Bretagne va mourir, après Venise et Florence, après Paris. Demain, elle sera riche Peut-tre,—illustre à la manière des gueux d’âme,—après avoir été tout le contraire, riche d’âme et gueuse d’écus. Bientôt, elle aura donc cessé d’être bretonne.
Peuplée, marchande, pleine de bruit et de commis à l’effigie effacée, elle sera peut-être prépondérante en France. Mais elle ne mirera plus dans l’Océan des traits si rares, et sa figure de sirène mélancolique. Voici déjà qu’elle montre le charme inégalé de sa mort prochaine.
Et j’aime en elle, la Belle Émeraude, tout ce qui jette un dernier feu, qui va bientôt cesser d’être, et qui est plus beau sans doute, comme le soleil à l’Occident, de toucher au moment de n’être plus.