Près d’un ruisseau, sous les vieux ormes, dans une litière d’ombre, un vieux cheval dormait... Et la brise tiède inclinait les feuilles, qui frémissaient sans bruit, comme les lèvres de la jeune fille qui va sourire...

Les haies sentaient la mûre, et le miel des fleurs chaudes. De toutes parts, l’odeur des feuillages mouillés s’élevait délicieuse, frais encens de minuit, rosée amoureuse de la terre endormie. Le vieux cheval tousse; il lève la tête et change de pied; il doit rêver.

Et comme je tournais sur le chemin, m’élevant peu à peu selon la pente, sur le haut de la côte le bois de pins apparut. Et c’est alors, ô fées, pensant à vous, que je vous ai revues.

La lune brille au travers des pins, dont les pieds entrelacés se croisent dans la clarté. Entre les longs couples, au port si svelte et si fin, le ciel d’argent bleuâtre coule; et le clair de la lune est comme un lac suspendu sous les branches. Les ombres de velours et les rayons de blonde opale glissent plus doucement que l’aile du cygne, lorsqu’il plane. Les arbres mariés font un temple au clair de lune.

La pluie d’or des étoiles tombe plus pâle sur les pins.

J’entends vos pas, et votre lente danse, ô fées. Les lucioles, au bord des haies, ce sont vos yeux, quand l’une de vous se couche sur l’herbe, ou se baisse pour détacher sa robe de lune prise aux épines, et que les autres, penchées sur elle, l’entourent. Ou bien, quand deux de vous se cachent sous les feuilles, pour se caresser.

Les génies du feuillage, attentifs, et les petits dieux des charmes mouillés vous regardent. Le flot paisible retient son haleine, et rit mystérieusement sur les galets.. Et, par cette nuit si douce, sous les pins de Kermor, je vous vois toutes, ô fées.

XXXV
GLAZIK

A L., en Briec. Septembre.

Il avait grand air; et quoique très vieux, tous ses gestes étaient d’une harmonie charmante. Ce grand vieillard de soixante et dix ans avait la retenue et la finesse courtoise que l’on suppose le propre des grands seigneurs, dans l’ancien temps. Ses longs cheveux blancs brillaient encore autour d’un front large et haut, blanc comme l’ivoire. Tout son visage était décoloré: et l’éclat doux de ses yeux verts n’en paraissait que plus ardent. Un sourire d’une dignité exquise écartait les coins un peu bas de sa bouche très longue. Il respirait une bienveillance discrète et noble, et cette politesse de nature que rien ne supplée.