Il chante et chante son aimée.[I]

Et, un soir, elle lui murmura: «Oui, mon mignon.» Et ce soir-là, leurs bouches se baisèrent. Les lèvres de Marionik tremblaient.

Douce, douce elle était; et douce est son nom. Douce et tendre, parmi les hommes durs, au milieu de la vie dure; douce et blonde, claire dans la brume de l’hiver, comme les meules sur la terre brune; jeune et souriante dans la maison noire, aux murs de vieille pierre; la plus aimée, celle dont les lèvres sont chaudes comme la plume et caressantes comme le velours; celle qui, dans la salle obscure, où flotte le fumet de l’âcre saumure et du sel marin, a l’odeur du trèfle au soleil. Le trésor et le luxe de l’homme, la femme qui aime, la Douce enfin...

Comme elle était pâle, quand il l’a quittée une fois encore... Mais elle l’attend. Elle sait bien qu’il est fidèle. L’heure du revoir est venue; elle l’a devinée, sans qu’on le lui dît; elle a ses pressentiments, comme celles qui aiment; elle a compris qu’elle devait être là, ce soir, sur la grève; elle l’a reconnu; elle l’appelle. Voici le bienheureux moment tant attendu... Ah! ils rentreront à la maison ensemble...

Herry tremblant se rappelle ce baiser, si différent de tous les autres baisers. Il retrouve l’ardeur de la caresse, qu’elle lui donna, les yeux fermés, si timide et si ardente, chaste et passionnée, ô chère Marie...

Une vague pesante, blême et haute comme un rempart de ville sous la pluie de l’aube, roula contre le grand Herry. Il voulut crier; il sentit un coup violent qui lui ferma les yeux avec la bouche. La porte du jour et de la vie claqua sur ses paupières. Étouffé, et sombrant, il pensa: «Marie, Marie..., mon Dieu..., ô très Douce!...» Et il mourut.

XLII
SPECTACLE

A LA SANGUINE.
Pardon de Benodet. En septembre.

Ils n’avaient encore jamais vu les chevaux de bois.

Un double, un triple cercle de spectateurs entourait le manège. Ils étaient inquiets, surpris, ravis. L’appétit de tourner les gagnait un à un. Ils ne craignaient pas d’être ridicules, mais de n’avoir pas l’adresse nécessaire à profiter d’un si beau jouet. Ils hésitaient, en proie à un chaud désir; et ils se sentaient éblouis. Les hommes fumaient, les mains dans les poches; et d’anciens matelots expliquaient le jeu, en haussant les épaules: ils en avaient vu bien d’autres. Mais les femmes, les enfants, les paysans étaient dans la joie. Rien de si brillant n’avait jamais paru au pardon. Aussi, avait-on mis le voyage à deux sous. Pour deux sous, le plaisir était bien court: mais quoi? On les eût fait payer, pour voir seulement tourner la machine, ils l’eussent compris. Ils ne la quittaient pas du regard, jusqu’au moment où la fatigue leur faisait cligner les yeux.