III
Rêve-t-il? Ou voit-il? Une amère nausée secoue la poitrine de l’homme; et il croit vomir le gouffre qui l’étouffe... «Je vis», pense-t-il joyeusement.
Certes, c’est elle! Elle est là, qui l’attend, la Douce. Elle lui fait signe: sans doute, elle l’appelle. Et il lui sourit...
Tout à l’heure, tout à l’heure!... Rien qu’un instant encore... Elle sourit aussi, Marionik, celle qui attend et qui demeure, celle qui donne la vie et qui la garde, la douceur d’aimer, la fleur et le parfum de la terre natale, celle qui renouvelle les caresses de la mère, et qui les fait naître dans le cœur de l’homme...
Elle est là, celle qu’il a vue, après deux ans d’absence, dans les pays étranges, sur l’autre bord du globe, où le marin passe comme un songe, sans jamais croire qu’on puisse vraiment y vivre, ni même qu’on y soit tout à fait des hommes. Il la rencontra, et pensa la voir pour la première fois. Elle le regarda longuement, baissa les yeux et rougit...
...Ils vont se promener sur la lande. Le soir tombe; et la bruyère est violette. L’ombre se penche sur les ajoncs, comme une femme qui écoute un enfant lui parler à l’oreille... Ils marchent côte à côte, et ne se disent presque rien; mais ils se regardent, s’arrêtant un peu de temps, et ils se sourient. Et ils vont lentement, se tenant par le petit doigt.
Ils ont rencontré un vieil homme déchaux et crotté, qui les a bénis... La feuille maigre des genévriers était noire sur la roche, et leurs racines tordues s’y accrochaient comme des griffes. Et sur la haie, le fruit des aubépines rougeoyait comme des gouttes de sang... et d’autres baies se distinguaient entre les branches, gros yeux d’insectes qui regardaient fixement, à travers le buisson, passer les fiancés. Il faisait doux; la lande sentait le miel; et le ciel était vert.
Ils chantaient à demi-voix. Elle disait:
Que chante
L’oiselet sur la lande?
Et il lui répondait: