J’ai repris le petit sentier sous le soleil plus oblique. Je laisse derrière moi le grand arbre au bord du lavoir, la façade rustique, le cierge de lierre, la petite porte, le mur feuillu, et le buisson de rouges houx sur le toit bas. Le silence parle de plus près encore: une étrange tendresse monte de tout cela pour tout cela, pour la terre brune, le murmure de l’eau, les fleurs et les baies odorantes: il semble que toute cette vie ait attendu patiemment votre vie, et qu’elle l’appelle...
La voix de Crozon se fait entendre: il cause en bas avec les deux paysans; tantôt elle se perd et s’éloigne; tantôt elle sonne plus distincte. Le rideau des arbres se ferme sur mes pas. Je marche en écartant les branches. Tout d’un coup, voici le vieux pilote, et l’anse d’eau mystérieuse où le canot attend.
LIV
PONTIQUES
Au bord de l’eau. Entre Begmeil et l’Ile. Août.
Une nuit blonde, un délice de volupté sereine, et de vie tranquille. Il fait tiède et frais, comme dans une serre ouverte. La mer chante; la haie sent la violette. La lune ruisselle de clarté, comme une source aérienne. Il fait si clair que les coqs, dans la lande, chantent l’heure de minuit. Le dernier qui réponde sonne haut, de si loin, qu’on dirait l’écho d’une trompette.
La lune, la mélodie des flots, les perles de la clarté sur le col changeant de la mer... Et, dans le lait bleu du ciel, les douces étoiles si lointaines...
On se sent un cœur qui adore. Une religion naît dans l’âme, de la beauté du monde. Où est le Père, qu’il soit béni par l’adoration de sa merveille? La perfection de l’art saisit le cœur d’un désir passionné d’en connaître l’artiste.
A toute cette beauté, un temple de silence.
—Au matin, vers le temps d’août, il est une heure toute trempée d’humidité, une heure fraîche comme les yeux de la jeune fille, une heure pure et lavée, une heure jeune, une heure bleue.
Une rive boisée et blonde au soleil; la mer calme et lisse, une soie azurée où courent, caprices de la trame, de longs rubans d’argent. Un bouquet d’arbres grêles, quelques feuilles délicates comme des cils sur le ciel cendré... Ces matins de Bretagne ont la douceur d’avril dans les campagnes ombriennes, et m’y font penser.