Au delà des chênes, dans le ciel bleu, la tour de la chapelle; et les noirs martinets dansaient leurs rondes autour des hautes fenêtres, fleuries de lys... On entend bruire le moindre frisson de branches; et la mouche qui bourdonne sur une fleur a des échos dans l’air qui vibre. Les oiseaux, ravis de plaisir, pépient dans les arbres; et l’on voit, sur les pierres tombales, leur ombre qui fuit, quand ils passent de branche en branche.

Un vieux mendiant, aux traits graves, courbé sur son bâton, au bout de l’allée me regarde: il est des pèlerins qui déjà remplissent le pays, pour le prochain Pardon. Ses yeux d’eau pure me parlent. Il me croit ici pour les miens, et m’en sait gré. Il a peut-être reconnu l’empreinte de mes genoux... Et son regard me propose des prières.

Priez donc, vieil homme. Il s’agenouille. Il est très doux de faire ployer les genoux, sans violence, au vieil enfant chenu qu’est l’homme. Il est très doux de faire prier ce passant pour cette jeune femme, que la terre couvre, et ce marin inconnu...

La fauvette s’égosille en chansons dans le grand chêne. Il me semble entendre le soupir profond de la mer... O calme retraite, dans la lumière!... O paix de Kergoat!

IV
LE FOL ET LA SŒUR BLANCHE

A Pen-Ker... En juillet.

La Religieuse causait sur le chemin avec la femme de Le Corre, le charpentier. La Religieuse est une grande et forte femme, plus ample encore dans sa robe de bure et sous le manteau vaste, qui semble d’un seul lé: son visage n’en paraît que plus petit, emprisonné sous la cornette, serré par le linge roide, si blanc qu’à l’ombre du matin, on le voit teinté de bleu. C’est une figure grosse comme le poing, aux traits secs et trop pâles; le front ne se montre pas; et l’on est frappé du regard, presque indifférent, qui tombe de deux yeux ronds, et d’un bleu presque blanc. La femme de Le Corre, elle, parle d’abondance. Le désir de plaire à la Bonne Sœur, le plaisir de causer avec elle, et même une certaine fierté d’en être jugée digne, se disputent la bonne femme, courte et osseuse dans sa lourde jupe: parfois, elle étend sa main aux doigts tannés, tandis que la Religieuse cache les siennes dans ses larges manches. Elles s’entretiennent de Gwénoc’h, l’Innocent, qui, cette nuit, a fait du bruit dans le hameau... Il appelait, mais il n’a pas su dire qui: il ne se comprend pas lui-même, le pauvre gars; à l’ordinaire, il est bien doux, et il ne ferait pas peur, même à un enfant... Dame, il n’aime pas les étrangers, non, par exemple; mais il n’a pas si tort, donc... Et, ma sœur, pensez-vous qu’il porte bonheur, comme on dit, à ceux qu’il regarde? Je le croirais, s’il vous plaît... car, s’il n’a pas plus de raison qu’un enfant de deux ans, c’est que la main de Dieu est sur lui... Jusqu’au matin, pourtant, il a couru de côté et d’autre...

—Précisément, dit la Religieuse.—Il est venu, une heure avant l’Angélus, frapper à la porte de la chapelle; et il est resté là jusqu’à ce qu’on l’ouvrît...

—Vraiment? dit madame Le Corre; voyez donc!...

Et elle soupire de plaisir; elle lève la tête vers le ciel doré du matin. On n’entend que le coucou lointain, et le murmure de la mer prochaine, aussi faible que l’haleine des feuilles dans la forêt.