La ferme a sa tour ronde, couronnée de créneaux, toute vêtue de la même fougère, légère et dense, verte, profonde à l’œil et veloutée comme les algues. Un mur de blocs solides, et fort haut, entoure le petit parc en pente, et le défend de la mer. Posé sur la courtine qui règne, étroite, au-dessus des rocs chevelus de goémons, le mur est percé de meurtrières: les grandes marées vont jusque-là, à l’assaut. O la calme ceinture qu’un vieux mur, couleur de cuir, fait aux vieux arbres, aux pins, aux chênes et aux ormeaux, dans la lumière blonde, tandis qu’au milieu de la pelouse en pente, deux chevaux bruns, le col baissé, broutent le gazon vert!
La ligne des arbres suit la hauteur et la continue jusqu’au bourg par une charmante clairière, plantée de pins: ils ont les pieds croisés, comme pour la danse; c’est le vent en tous sens qui les assembla de la sorte; et toutes leurs têtes égales laissent le soleil filtrer entre les fûts ployés. Parfois le soir, quand le bois est déjà sombre, au fond des branches coule un fil de ciel, comme un ruisseau de bleu céleste.
Les ombres et les rais du soleil dessinent sur le sol montant, doré d’aiguilles de pin, un beau blason, d’or et de sable; et souvent, le reflet des feuillages sur le duvet de mousse qui protège le tronc d’un arbre, lui fait comme un pied de sinople.
Que cette hauteur modeste est calme! Elle est fine et gracieuse à voir, comme un dessin de Léonard gravé à la pointe sèche. Tout est mesuré dans cette vue; tout est d’un ordre exquis, d’un trait léger et fin. Ce morceau de colline, d’une élégance si discrète, est parfait à sa manière, non sans être émouvant pour l’esprit, quand on songe qu’à deux pas d’ici, le lugubre Penmarc’h entasse ses rochers et que les nuages roulent sur la scène sinistre, où l’Océan joue sa tragédie.
III
LA PAIX DE KERGOAT
En Loc Ronan. Juillet.
Journée délicieuse, où j’ai rencontré la paix, comme une blonde vierge, étendue sous les arbres, au détour d’une route, dans un pays secret.
Le soleil lançait de haut sa pluie d’or sur la baie, et la campagne était couchée dans la joie. Une vive langueur, où la jeunesse de l’année se sentait encore, possédait toutes choses, comme un rêve léger. Le rire ardent du magnifique été planait sur la terre sonore: la lumière était suspendue, comme un aigle d’azur et d’or. La brise de mer sentait la violette; et la contrée amoureuse exhalait de toutes parts l’odeur des roses.
Je me trouvai bientôt dans une retraite plus calme et plus heureuse qu’un jardin d’amour. C’était un petit bois, aux branches claires, brillantes de feuillage et de verdure. Les grands chênes levaient la tête, et le ciel bleu leur souriait. La pluie d’or tombait sur la terre brune, en feuilles blondes, comme la fable-conte que le dieu jouait avec Danaé. Et, sous les chênes, posées comme des mains tranquilles sur les genoux, méditaient les blanches tombes.
Elles brillaient, ces pierres de granit, plus égales et moins vieilles que les roches, où se fixe le goémon. Elles étaient sans pensée, sans regret et même sans mémoire: mais elles jouaient en silence avec le soleil et les feuilles, qui jouaient avec elles. Quelques-unes étaient sans nom, et par là plus paisibles.