—Contez-moi ce qu’ils vous ont dit...

—Vous savez toutes mes histoires, je vous en ai fait plus de vingt...

—Vous n’en avez pas encore une que j’ignore?...

—Hum... Si fait, il me semble que... Mais... Vous le voulez donc? dit-il avec mauvaise humeur.

Sur le soupçon de n’être pas cru, il eût préféré de se taire. Il passa sa large main cuivrée dans ses épais cheveux gris, aux boucles emmêlées, et commença d’un ton maussade, qui s’anima bientôt, au cours du récit.

II

—Voici donc ce qui est arrivé à M. Pénerff, l’ingénieur, un savant, celui-là, un conducteur des ponts. Ce n’est pas d’aujourd’hui, ni d’hier... Vous vous le rappelez, Guillaume?... Il y a seize ans, deux jours avant la Sainte-Anne, M. Pénerff vint me voir. Il demeura tout le jour; et il soupa à la maison... Il faisait un temps sans reproche. On était dans le plein de l’été, bamm!... Après souper, nous causions tout comme ce soir; et M. Pénerff me dit qu’il ne croyait pas aux revenants. Je lui faisais connaître comme à vous, monsieur André, ce que je sais; mais il n’était pas d’accord; et il se moquait de moi... Bon... Tant nous parlons, lui avec non, moi avec oui, qu’il s’était fait très tard. On n’était pas loin de minuit... Je pensais bien qu’il coucherait à la maison; et on lui avait préparé son lit. Je ne le croyais pas, quand il me dit:

»—Crozon, bonsoir. Dormez bien. Je vais à Kemper.

»Et il prend son chapeau.

»—Par exemple, vous n’allez pas faire cela! lui dis-je...