»—Et pourquoi pas? dit-il. La nuit est admirable: Voyez ce clair de lune... Il fait si chaud, que je ne pourrais pas dormir; j’aime bien mieux faire le voyage à pied; et d’ailleurs, il faut que je sois à Kemper demain, au point du jour, pour mes affaires.
»—Vous avez raison, lui dis-je; et je sais bien que pour un homme comme vous, ce n’est rien de faire la route... Vous n’en avez pas pour cinq heures de chemin... Mais, si vous m’en croyez, vous ne partirez pas... Ce n’est pas prudent...
»—Ma présence est nécessaire là-bas, demain matin, à la première heure...
»—Rien ne vaut mieux que la vie, monsieur Pénerff.
»—Que me chantez-vous là, enfin? Quel danger courrais-je?... Il fait clair comme en plein jour...
»—Monsieur Pénerff, croyez-le ou ne le croyez pas, depuis quelque temps il y a un revenant qui hante la route: il se tient caché dans les buissons, au coude du chemin; et personne ne voudrait risquer de s’en faire suivre, bamm!
»Il se mit à rire; il leva les épaules:
»—Vous êtes fou, Crozon...
»—Je vous demande pardon; c’est vous qui n’êtes pas sage...
»—Les revenants ne sortent pas au clair de lune...