On ne l’en remercie même pas: chacun sait qu’il ment. Il n’a pas encore tourné le dos, qu’on se dit les uns aux autres: «Allons donc! Ce n’est pas vrai!... Des histoires!...» Le vieux Yann Modès, un paysan aux admirables traits de pierre dure, faisait allusion au marquis, avec un mélange indéfinissable de gravité et de raillerie, répétait souvent: «La chanson est bien vraie qui dit: Les nouveaux gentilshommes sont mauvais; les anciens étaient meilleurs maîtres[L]

Un jour, il tempête sur le quai: il déclare à quiconque veut l’entendre, qu’il a encore écrit au préfet pour se plaindre des passeurs du bac: ils ne sont jamais là; ils ne font pas leur besogne; il ne le souffrira pas. Il a dû attendre deux heures, hier, avec sa voiture, avant de pouvoir passer sur l’autre rive. Son propre cocher, interrogé à demi-voix, affirme que son maître ne dit pas vrai: les matelots, pauvres diables, n’ont quitté le bac, sous un soleil de feu, qu’à midi pour aller manger.

Là-dessus, arrive en roulant le large Crozon, qui fume, heureux de sa pipe et du beau temps. Le marquis se précipite, et pérore:

—Crozon, je vous en avertis...

—Et de quoi, donc?

—Ne m’êtes-vous pas témoin que les passeurs ont été absents du bac, pendant trois heures?...

—Non, bamm! Je n’en suis pas témoin. Car ils étaient là.

—Et c’est vous qui êtes maître de port, ici?

—Oui, bamm! c’est moi...

—Eh bien, où étiez-vous? Que faisiez-vous?... Vous devriez toujours être sur le quai! J’écrirai à Brest, pour vous faire casser.