M. de Séipse répéta lentement ces mots, comme s'il en parcourait les précipices. Et je ne pus m'empêcher de lui dire: «Ainsi, voilà le terme de votre philosophie? Je vois mieux désormais d'où vient la mélancolie désespérée qui vous anime.

—Ce n'est point une philosophie; elle est sans doute; c'est une foi très sombre. Je respire une peine infinie.

—Il faudrait que ce monde fût comme un enfer, ou qu'il fût détruit?

—Oui, monsieur. Je suis Pascal sans Jésus-Christ. Il me manque les miracles. Ils lui eussent peut-être manqué, aujourd'hui. Je l'envie d'être mort.

—Il y en a de faux et de vrais, dit-il[5].

[5] Pensées, article XXIII, 1, XXV.

—Mais il ne dit point qu'il n'y en ait pas[6]. Il lui est plus facile de prêter foi aux miracles des imposteurs, que de la refuser aux vrais; et pour ne pas douter de ceux-ci, il croit même aux miracles des charlatans. «Ayant considéré, fait-il, d'où vient qu'on ajoute tant de foi à tant d'imposteurs qui disent qu'ils ont des remèdes, jusques à mettre souvent sa vie entre leurs mains, il m'a paru que la véritable cause est qu'il y en a de vrais[7].» Pour conclure enfin, il pense qu'on croit de nature aux miracles. Or l'esprit en doute, de nature; et la raison, de nature, n'y croit pas.

[6] Ibid., article XXII.

[7] Ibid., article XXIII.