Je vous offre ces pages que seul, d'abord, vous avez comprises et que vous avez eu seul le courage de publier. Dans le temps où, parmi les puissants de la Ville, il n'en était pas un qui ne me fît sentir l'immense différence qui me sépare d'eux, vous seul m'avez tendu la main. Vous étiez plus libre, plus vrai et plus sûr que les autres. Vous ne vous vantiez pas de penser librement, comme ceux qui en prennent la liberté de ne penser jamais; toutefois, comme à nous tous qui avons vu le jour dans ce coin glorieux de l'univers où elle règne, la pensée vous était sacrée. Avec tant de liens aux siècles passés, vous n'aviez aucune haine pour l'époque future. Et vous pouviez avoir de l'audace, parce que vous aviez de la vertu. La parole en vous était le témoin de l'action. Vous étiez solide et vous aviez le respect du juste, qui est de ne pas mentir à dessein et de ne jamais chicaner le droit de la bonne force.
Voilà ce que vous étiez; et je l'ai su quand vous m'avez aidé. Vous avez vu en moi un homme qui dédaigne infiniment la victoire, mais qui n'accepte point d'être vaincu par ce qu'il n'honore pas. Et maintenant, dans la grande défaite de la mort, je viens à vous et je prends votre cause. Vous qui fûtes loyal et brave, vous ne serez pas vaincu, tant que je suis là.
Décembre 1906.