D'abord, l'absence de soi.
Puis, la descente en convulsions dans l'abîme. Or, chaque sentiment est un abîme pour l'âme. Mais, entre tous, l'amour.
Qu'appellera-t-on l'âme, sinon l'organe de la connaissance? Je garde ce nom décrié au seul objet qui jamais ne me lasse.
De la sorte, le cœur est rétabli dans sa prérogative. Il a le privilège du prince, que sa déchéance même ne saurait prescrire.
La véritable connaissance fonde le monde de la charité, et elle seule. On ne saurait rien connaître à moins d'aimer. Et ce n'est pas connaître que de savoir et n'aimer point.
La vie entière est cette femme voilée, que l'homme cherche, dont il fait son épouse, et cognovit eam, l'ayant aimée.
Voilà cette pâleur, ce tremblement qui précède l'embrassement de l'époux. Et sa crainte, peut-être, et son dégoût. Voilà l'homme voué à la connaissance: il est d'abord cadavre à soi-même. Sa chair éclate en rébellion, et se dissocie d'avec lui: elle se fait discorde. Elle bave, elle se vide, elle vomit; elle s'étrangle, elle se souille; elle veut fuir l'esclavage qu'elle pressent. Elle ne veut pas se perdre dans le voyage des ténèbres ardentes. Et, parce qu'elle résiste, elle est abandonnée.
O terreur! Elle est laissée là, comme une guenille vile, par l'âme au seuil de la connaissance. Elle est là, comme une peau de rat, crevé de la peste, dans une rue de Chine; et la foule est autour, le peuple des hommes ou le peuple des vers.
Et quand la chair retrouve l'esprit, qu'il daigne rentrer en elle, et la combler de sa présence—ô Dieu, je te recouvre!—la serve conscience hésite: elle va lentement, par le dédale; elle vacille, comme épuisée; elle tâte les murs de la prison; elle compte les pierres, et les mousses, et les araignées, et les insectes hideux, et les larves dans les fentes. Elle reconnaît son chemin, en ne négligeant pas un signe, en renouvelant les plus humbles démarches par l'ingénuité des pas qu'elle tente: elle découvre, comme si elle venait de naître, ce qu'elle a connu et pratiqué naguère, mais dont elle a perdu le souvenir.