Cyrille Gerdolle avait, à peu près, l'âge de Fontenac. C'était un petit homme trapu, hirsute et rageur. Avec ses sourcils broussailleux, sa barbe mal plantée, sa bouche maussade et ses yeux roux méfiants, il réalisait à merveille le type du «Paysan du Danube». Son caractère ombrageux et agressif, son esprit de contradiction, ses interpellations pareilles à des aboiements de dogue, terrorisaient le Conseil municipal, où il représentait le parti radical socialiste.

Il s'arrêta à quelques pas de la porte refermée par le jardinier, jeta sur un meuble son feutre gris cabossé, et grogna:

—Je vous salue bien, monsieur Fontenac!

—Bonjour, mon cher collègue, répondit distraitement Simon. Quoi de nouveau au Conseil?... J'ai eu le regret de ne pouvoir assister à la dernière séance...

—Pardon, interrompit le pépiniériste, je ne viens pas vous parler des affaires municipales; je sais d'avance que nous ne nous entendrions pas sur ce chapitre-là... Non, au jour d'aujourd'hui, c'est une plainte personnelle que j'ai à vous adresser...

—Une plainte?... A propos de quoi?...

—A propos de vos deux enfants, qui ont le diable au corps... Ils passent des journées sur le mur qui sépare nos propriétés... Ils y mettent tout à sac et se moquent de moi, par-dessus le marché!...

Encore vexé d'avoir été troublé dans sa lecture, Simon Fontenac n'était pas d'humeur endurante, et il répliqua d'un ton impatient:

—Permettez!... Le mur n'est point mitoyen, n'est-ce pas?... Il m'appartient en entier, ainsi que l'établit la disposition du chaperon, qui tombe de mon côté...

—Le mur vous appartient, possible... Mais ce n'est pas une raison pour que vos enfants en fassent un lieu de promenade et de vagabondage, aux dépens des voisins.