—Mon cher monsieur, reprit sèchement Simon, je ne me mêle pas des divertissements de mes enfants; je les ai élevés à agir librement, à leurs risques et périls...
—Beaux principes!... Ils profitent de leur liberté en dévastant mes pruniers... Pourtant, vous qui êtes à cheval sur la loi, vous n'ignorez pas que les parents sont responsables des méfaits de leur progéniture...
—Il suffit, monsieur, déclara l'ancien juge en se levant: si Landry et Clairette ont commis quelque acte répréhensible, je les interrogerai à leur retour et je saurai les punir, au besoin, de leurs fredaines.
—Voler mes quoiches, vous appelez ça une fredaine!... s'écria le pépiniériste furieux; vous avez la manche large!... En tout cas, si le pillage de mes pruniers vous laisse indifférent, peut-être serez-vous plus touché en apprenant comment se conduit votre demoiselle!
—Qu'entendez-vous par cette insinuation? interrogea sévèrement Fontenac.
—J'entends que Mlle Clairette est fort avancée pour son âge et qu'elle est très tendre avec mon garçon... Je vous en avertis charitablement pour votre gouverne... Quant à moi, je m'en soucie peu et je ne suis pas en peine de mon gars: je me contente de vous rappeler le proverbe: «Gare à vos poules, mon coq est lâché!...»
Il ramassa son feutre gris, pirouetta sur ses talons et ajouta d'un ton goguenard, en saisissant le bouton de la porte:
—A bon entendeur, salut! monsieur Fontenac, tant pis pour vous si les choses tournent mal...
Il s'esquiva là-dessus, laissant son interlocuteur tout rêveur et quinaud. Simon était maintenant trop agité pour continuer sa lecture avec fruit. Ce coup de boutoir, lancé au départ par le pépiniériste, l'avait blessé à l'endroit sensible. Le fait signalé par Cyrille Gerdolle corroborait de vagues accusations déjà recueillies et rapportées par Monique. L'ancien juge arpentait nerveusement son cabinet de travail; il constatait de nouveau, avec une plus cruelle déception, que les enfants ne ressemblent ni aux plantes ni aux oiseaux des bois, qu'il ne suffit pas pour les élever, de les laisser pousser à la bonne aventure, et qu'en ce qui concerne les filles surtout, la sollicitude d'une mère tendre et prudente est impossible à remplacer.
—Mais, songeait-il tristement, pour que cette surveillance maternelle soit efficace, elle doit être exercée par une femme dévouée, pourvue de qualités morales solides, et tel n'était point le cas de Mme Gabrielle Cormery... En somme, le divorce n'a remédié à rien, et je me trouve acculé à une impasse...