Le pépiniériste débouchait une seconde bouteille et remplissait les verres. Brincard vida le sien d'un trait et fit claquer sa langue.

—Ça passe comme un velours, c'est du chouette vin! déclara-t-il avec une lueur gourmande dans ses petits yeux larmoyants.

—Ainsi, reprit Gerdolle, au cas d'une enquête, vous pourriez témoigner de ce que vous venez de me raconter?

—Je le pourrais censément... Mais là, vrai, j'aimerais autant pas... Entre l'arbre et l'écorce, faut point mettre le doigt.

—Encore un verre?

—Volontiers, ce sera le dernier!... Voyez-vous, patron, bégaya-t-il, déjà passablement éméché, un pauvre diable comme moi ne gagne rien à se fourrer dans des affaires qui ne le regardent pas... D'ailleurs, j'ai horreur des potins... Quand on sert chez les autres, on apprend à être discret... Tout voir, tout entendre et ne rien dire: v'là ma devise... Ah! si j'étais bavard, j'en connais des histoires, et de drôles!... Tenez, pas plus loin qu'à Chanteraine, j'ai été témoin d'une aventure dont je n'ai jamais soufflé mot, et cependant, à cette époque-là, il y avait des gens qui m'auraient payé cher mon secret... Mais je ne voulais pas trahir M. Noël Fontenac, qui était un brave homme et que j'aimais beaucoup... Je suis resté muet comme une carpe, et personne ne se doute de rien.

—Pas même Simon Fontenac?

—Oh! celui-là serait trop heureux de savoir ce que je sais et je me garderai bien de le lui dire!

—Et à moi, murmura le pépiniériste très intrigué, le direz-vous?

—A vous pas plus qu'à un autre... C'est sacré!