—Que me voulez-vous?... Est-ce pour examiner votre œuvre et pour me narguer que vous venez ici? lui criait Simon Fontenac.

—Pardon, monsieur Fontenac, répondit-il en se retournant flegmatiquement, vous faites erreur... Je viens chez vous, au contraire, avec des intentions absolument conciliantes, pour vous proposer une solution qui vous sera peut-être agréable... Mais nous serons mieux dans votre cabinet pour causer sérieusement, et si vous voulez bien me montrer le chemin...

—Soit... Suivez-moi!... répliqua Simon en l'introduisant dans son «laboratoire» du rez-de-chaussée... Qu'avez-vous à me dire? ajouta-t-il brusquement, quand la porte se fut refermée sur eux.

—Monsieur Fontenac, reprit Gerdolle en se découvrant, je comprends que vous soyez vexé de la décision du tribunal. Il est certain que le nouvel état des choses déprécie grandement votre propriété; mais l'intérêt de la commune avant tout!... J'ai conscience d'avoir rempli mon devoir de conseiller, en aidant à détruire un abus... Pourtant, je ne suis pas un méchant homme, et je regrette d'avoir été la cause indirecte de la moins-value subie par votre terrain. J'ai des scrupules et je suis prêt à vous offrir, en ce qui me concerne, un dédommagement.

—Un dédommagement? Vous? grommela ironiquement l'ancien juge... En vérité, voilà un scrupule qui me surprend!

—C'est pourtant comme ça, répliqua le pépiniériste, et voici l'objet de ma visite... J'ai besoin d'étendre mes plantations, et votre terrain étant dans mon voisinage immédiat, j'aurais envie de l'acheter... La maison me sera inutile, la propriété ne vaut plus ce qu'elle valait, mais j'aurai encore avantage à ce que ma pépinière soit d'un seul morceau, et je suis décidé à être coulant... En un mot, voulez-vous me vendre Chanteraine? Je ne lésinerai pas sur le prix... Cinquante mille francs payés comptant, le jour de la passation de l'acte.

—Cinquante mille francs? répéta sarcastiquement Fontenac.

—Oui, en espèces sonnantes... Au jour d'aujourd'hui, vous ne trouveriez pas à vous défaire de votre immeuble à de pareilles conditions.

—Et où prenez-vous que je cherche à m'en défaire? s'écria Simon en éclatant... Ma propriété n'est pas à vendre... Le fût-elle, je préférerais la donner pour rien que de faire affaire avec vous!... Monsieur Gerdolle, continua-t-il en ouvrant les deux battants de la fenêtre, regardez bien Chanteraine, c'est la dernière fois que vous le voyez, et vous n'y remettrez plus les pieds!

—Pas besoin de vous emporter, monsieur Fontenac. Vous ne voulez pas vendre?... A votre aise, n'en parlons plus... Et, poursuivit Gerdolle d'un ton goguenard, pour vous prouver que je suis un brave homme et que je ne pars pas fâché, je vais vous faire une restitution amiable...