—Merci, dit-elle, ami Xavier! Garde-moi le secret jusqu'à nouvel ordre.

Elle avait les larmes aux yeux, et lui, se sentait le cœur serré par une douleur poignante.

—Gertrude, s'écria-t-il, ne t'en va pas!

—Il le faut, mon ami.

—Gertrude! répéta-t-il encore en lui secouant la main, et en même temps mille pensées confuses lui montaient aux lèvres. Ses yeux regardaient sa cousine avec une expression touchante. Si ces grands yeux sombres avaient pu parler, ils auraient dit: «Par pitié, ne t'en va pas, sois patiente et appuie-toi sur mon bras!…» Mais les yeux se contentaient de lancer des regards navrants, et Xavier n'osait pas révéler tout ce qu'il avait dans le cœur. D'ailleurs son propre avenir était si obscur! Le secours qu'il aurait pu offrir était beaucoup si on l'aimait, peu de chose s'il n'était pas aimé. Qui pouvait savoir si Gertrude l'aimait autrement que comme un compagnon d'enfance?… Si elle l'avait aimé plus sérieusement, aurait-elle songé à partir?…

Il refoula en lui les mots prêts à jaillir.

—Soit, dit-il d'une voix étranglée, je ferai ta commission.

Gertrude le remercia de nouveau et quitta l'atelier. Accoudé sur son établi, Xavier la regardait à travers les vitres tandis qu'elle suivait légèrement les plates bandes herbeuses. Elle avait disparu depuis longtemps déjà, qu'il était encore, à la même place, la main appuyée sur son front, roulant des pensées noires et découragées, pendant que le vent faisait tournoyer les feuilles sèches sur le gazon, et que les moineaux pépiaient dans les sapins….

Quatre jours après, Xavier qui revenait des Islettes aperçut, au soleil couchant, Gertrude qui l'attendait sur le pas de la porte.

—J'ai quelque chose pour toi, lui dit-il tristement, et il lui tendit une lettre qu'elle décacheta avec vivacité. Tandis qu'elle la lisait, Xavier, appuyé contre la porte, considérait le fin profil de la jeune fille éclairée par les rougeurs du couchant. Elle releva brusquement la tête, et il l'interrogea du regard.