—Tu auras grand froid sur la route, ma pauvre enfant! reprit-il tout à coup… Aie soin de bien te couvrir! En vérité, il y a des ressemblances singulières!… En te regardant et en entendant la bise de mars, il me semble revoir une pauvre enfant comme toi, qui s'en allait seule aussi dans la froidure et le vent… Écoute, dit-il en s'animant, laisse-moi te donner un conseil… Quand tu seras là-bas, à la ville, veille bien sur ton cœur! A ton âge, on ne demande qu'à aimer; défie-toi de ceux qui te diront que tu es jolie!… Ne donne pas ton cœur avant d'avoir au doigt un bel anneau de mariée. Veille sur toi; les hommes sont égoïstes et ne valent rien!…
Il s'était levé, tout surexcité; l'expression étrange de sa figure effraya Gertrude:
—Mon oncle, dit-elle, il est temps que je prenne congé de vous; je vais jusqu'aux Islettes à pied, et le brioleur Herbillon m'attend pour charger ma malle.
—Allons! fit-il en abaissant la voix, merci de ta visite, Gertrude!
Avant de partir, mets-toi là et écris-moi lisiblement ton adresse à B…
Elle lui obéit, et pendant qu'elle écrivait, il ouvrit son secrétaire:
—Je ne veux pas que tu t'en ailles sans rien emporter de moi. Tiens!
Il lui glissa dans la main un double louis:
—Serre-le bien, c'est de l'or… C'est beau et bon comme un rayon de soleil, et c'est plus rare! Ne le montre à personne ici, et promets-moi, si j'ai besoin de toi quelque jour, de revenir dès que je t'appellerai.
—Je vous le promets, mon oncle, répondit-elle tout émue!
—Maintenant, laisse-moi baiser tes cheveux blonds… Là… Bon voyage, petite Gertrude, et merci… Ta visite m'a fait du bien… Il l'accompagna jusque sur l'escalier: