—Écoute le vent, reprit-il… Rassieds-toi et chauffe tes petits pieds… Attends, je vais mettre du bois au feu et te faire une bonne flambée.

Il attisa le brasier et jeta sur les chenets une brassée de menu bois qui pétilla en lançant une flamme claire.

—Eh! eh! dit-il en étendant ses mains devant le foyer, c'est gai, un bon feu, cela vous ragaillardit… C'est bien à toi, Gertrude, d'être venue me faire visite!

—Et pourtant, répondit Gertrude un peu apprivoisée et demi-souriante, et pourtant vous ne m'aviez guère encouragée…

—Oui, c'est vrai… Je me disais: «La caque sent toujours le hareng» et je te jugeais d'après tes grandes pecques de cousines, mais tu ne leur ressembles pas, tu es tout autre… Tu ressembles…

Il s'arrêta, passa la main sur son front jauni et poussa un long soupir.

—D'ailleurs, ajouta-t-il, je suis content de ton courage et de ta bonne envie de travailler… Mais tu ne m'as point dit ce que tu comptes faire à B…?

—Je veux y apprendre le métier de modiste.

M. Renaudin tressaillit et murmura en se parlant à lui-même: «Modiste… à B…? Il y a des ressemblances singulières!»

Et comme si cette réflexion l'avait replongé dans de profondes méditations, il tourna la tête du côté de la cheminée. La flamme dansait sur les chenets en formant mille fantastiques images, et au dehors la bise se lamentait toujours. Était-ce la plainte du vent qui réveillait de vieux souvenirs, ou bien le vieillard revoyait-il dans les arabesques de la flamme les fuyantes apparitions d'une époque lointaine?… Il étendait ses mains vers le brasier, puis il les passait sur son front comme pour réchauffer sa mémoire engourdie. Sa figure s'était attendrie et ses yeux étaient devenus humides.