Une chandelle fumeuse, posée sur un poêle, sans feu, éclairait misérablement la pièce nue et délabrée; entre les fenêtres un métier de tisserand, sur lequel s'enroulait une pièce de cotonnade inachevée, découpait sur le mur le squelette noir de ses barres et de ses leviers; une chaise dépaillée et une table boiteuse étaient rangées le long de la muraille humide; en face du métier, un lit de sangle étalait sa paillasse et sa couverture en lambeaux, et sur ce lit, agenouillée, les cheveux épars, pâle, effrayante, une femme d'une trentaine d'années serrait contre sa poitrine amaigrie un tout petit enfant qui ne poussait plus que des vagissements étouffés… Au bruit de la porte, la mère se tourna vivement vers la nouvelle venue, et avec des yeux démesurément ouverts:

—Vite, venez! cria-t-elle, mon petiot s'en va!…

—Qu'a-t-il et que dois-je faire? demanda Gertrude en prenant l'enfant.
La jeune femme montra avec un geste horrible son sein flétri.

—Je n'ai plus de lait, dit-elle, et mon pauvre petiot meurt de faim et de froid… Ah! il n'y a pas de pitié au monde!…

—Ne vous désolez pas ainsi! reprit Gertrude, je vais quérir de quoi vous ranimer tous les deux… N'avez-vous pas une voisine que je puisse charger d'acheter ce qu'il faut?

—Oui,… la mère Surloppe… Elle demeure en face, mais je ne l'ai plus revue depuis hier…; les pauvres gens sont plus sauvages que des loups affamés, ils se font peur…

—Attendez-moi, je vais l'appeler…

Gertrude enveloppa l'enfant dans sa capeline, le plaça près de la mère qu'elle couvrit de sa mante, et se mit en quête de la vieille voisine qu'elle trouva sommeillant près de son dévidoir. La vue d'une pièce d'or la réveilla et lui mit des ailes aux talons. Elle se chargea volontiers de trouver du lait, des vivres et du bois.

Gertrude retourna près de la malade. L'enfant s'était réchauffé et rendormi; la mère regarda la jeune fille d'un air farouche; sur ce visage altéré, mademoiselle de Mauprié crut reconnaître les principaux traits de la figure de son oncle et sentit sa pitié redoubler.

—Vous vous appelez madame Finoël? demanda-t-elle enfin d'une voix timide.