A son retour, Gertrude trouva la chambre de la côte Polval transformée; l'or de l'oncle Renaudin avait fait merveille. Sur la table une petite lampe à la lumière égale et douce remplaçait la chandelle fumeuse; le poêle réveillé d'un long sommeil bourdonnait gaiement et répandait une joyeuse chaleur; le lit avait été regarni, et l'enfant, restauré et réchauffé, s'endormait sur les genoux de la vieille Surloppe, qui, d'une voix chevrotante, lui murmurait une antique chanson berceuse. La mère elle-même semblait moins malade, moins défaite.
Gertrude disposa dans un coin le matelas et les couvertures, posa l'enfant près de sa mère, puis congédia la vieille.
Elle marchait légèrement à travers la chambre, faisant ses préparatifs pour la nuit, ravitaillant le poêle, réchauffant le lait destiné au marmot… La malade, ouvrant à demi ses yeux affaiblis, la regardait curieusement et suivait ses moindres gestes avec une surprise mêlée d'attendrissement. A la fin, Gertrude, ayant achevé de tout préparer, vint s'asseoir au chevet du lit et vit Rose Finoël qui pleurait.
—Qu'avez-vous? lui demanda-t-elle.
Pour toute réponse, Rose Finoël prit l'une des mains de son interlocutrice et la couvrit de larmes et de baisers.
—Merci, dit-elle enfin, cela me fait du bien de pleurer. Il y avait si longtemps que personne ne s'inquiétait plus de moi!
—Vous n'avez point d'amis?
—Je suis seule au monde.
—Mais,… le père de cet enfant? hasarda timidement Gertrude.
La figure de la malade reprit une expression de tristesse poignante.