Devant l'âtre de la cuisine, Fanchette et Pitois, se chauffaient, chacun dans un coin, regardant le brasier sans souffler mot, Xavier s'étant informé de la présence de sa mère:
—Ils sont tous là-haut, dans la chambre de réserve, murmura Pitois.
—Ils n'ont pas perdu de temps, grogna Fanchette; c'est comme une bande de moineaux dans un champ de colza… Il faut les voir fouiller les armoires; rien que ça serait capable de faire sortir notre pauvre monsieur du cercueil!
La chambre de réserve semblait en effet livrée au pillage. Toutes les armoires étaient ouvertes, et chacun des membres de la famille de Mauprié y furetait avidement en poussant des exclamations. La veuve, montée sur une chaise, comptait les piles de linge; Gaspard soupesait l'argenterie, et les deux sœurs visitaient les tiroirs des commodes.
—Tout est par douzaine, disait la veuve, et presque rien n'a servi… Ah! mon pauvre frère était économe et il avait du beau… Voyez-moi ces serviettes de toiles des Vosges, comme c'est ouvré et comme la damassure est fine!
—L'argenterie est à l'ancien titre et elle pèse lourd, reprit Gaspard en frottant les couverts avec le pan de sa redingote, je suis d'avis que nous la conservions, après y avoir fait graver notre chiffre…
Il fut interrompu par une exclamation joyeuse de Reine.
—Venez voir ma trouvaille! s'écria la jeune fille, tenez, voici des pièces de dentelles… Est-ce beau?… Voici des crêpes de Chine, et puis dans ces petits écrins… Oh! des colliers de perles et des pendants d'oreille en pierres fines!
Madame de Mauprié était descendue rapidement, Gaspard s'était rapproché et Honorine ouvrait de grands yeux. Ils étaient tellement affairés, qu'aucun d'eux ne s'aperçut de l'arrivée de Gertrude et de Xavier. Les deux jeunes gens, debout près de la porte d'entrée, contemplaient cette scène avec tristesse, et Xavier fronçait les sourcils d'un air de désapprobation.
—Voyez un peu! dit Honorine en joignant les mains, qui aurait jamais soupçonné notre oncle de posséder de si belles choses?