—Je n'ai qu'une réponse à vous faire, répliqua-t-elle avec fierté, c'est que je ne suis pas la mère de cet enfant.
—Mais enfin vous savez d'où il vient? Vous pouvez prouver votre innocence?…
Elle se tenait debout, les bras croisés, les lèvres serrées. Ses yeux étincelaient, ses narines étaient agitées par un léger tremblement et on devinait les souffrances de son cœur aux mouvements de son corsage… La douleur qu'elle éprouvait était inexprimable: c'était un mélange de honte, de tristesse et d'indignation. Il lui semblait qu'un affreux déchirement venait de se faire en elle, qu'un abîme venait de se creuser sous ses pieds, et que son amour y avait roulé… Tout à coup ses regards sombres se relevèrent et rencontrèrent les regards soupçonneux de Xavier, le sang lui remonta au front et elle eut un nouvel accès d'emportement.
—Vous me demandez des preuves quand je vous donne ma parole?… Vous vous oubliez, mon cousin!
—Je vous en supplie, Gertrude, répondez-moi!
Elle frappa du pied avec colère:
—Laissez-moi… Je n'ai rien de plus à vous dire!
—Gertrude, reprit-il, avant que je repasse le seuil de cette porte, songez aux conséquences du silence que vous vous obstinez à garder… Je voudrais au prix de mon sang avoir une certitude et pouvoir confondre les mauvaises langues… Mais pour cela, il faut des preuves… Ne comprenez-vous pas que vos refus, au lieu de détruire mes doutes, les enfoncent plus douloureusement dans mon cœur?… Je vous en conjure au nom de notre amour, au nom de votre père, répondez-moi afin que je puisse vous défendre!…
—Chacune de vos paroles est une nouvelle offense, répondit-elle, nous ne pouvons pas nous comprendre… Adieu!
—Vous l'avez voulu! murmura Xavier profondément blessé, eh bien! soit!… Adieu pour toujours!