—Hallo! s'écria-t-il avec un rire sauvage. Moi aussi, je veux devenir chasseur!

Et il se mit follement à la poursuite du gibier.

—Assez de rêves, assez de bois gâté! poursuivait-il, à demi grisé par la course et le grand air. Je veux faire comme Gaspard: je montrerai aux gens que je suis un verrier, que je sais tenir un fusil et vider un verre… Hallo! à moi la forêt et la vie des libres chasseurs!

—Ohé! maître Xavier, cria brusquement une voix rude, quelle mouche vous pique? Un peu plus, vous vous jetiez tête baissée dans mes fournaises!

Xavier s'arrêta comme réveillé en sursaut, et reconnut le maître charbonnier de la Poirière… Puis il pâlit, poussa une faible plainte et tomba évanoui sur le gazon. Au bout d'un quart d'heure, les soins de la charbonnière le rappelèrent à lui; mais il semblait si épuisé, que le charbonnier ordonna à un de ses apprentis de le reconduire à l'atelier. Xavier s'y enferma et resta une semaine entière sans sortir…

Dans le village, le malignité publique commençait à s'exercer aux dépens de Gertrude. Le feu, qui couvait d'abord sous la cendre, ayant été attisé soigneusement par la veuve et ses filles, était devenu un incendie. Tous les paysans, qui détestaient les verriers, et englobaient Gertrude dans la haine qu'ils portaient à sa caste, toutes les vieilles filles jalouses de sa jeunesse, ne cachaient guère leur indignation, et ne se gênaient plus pour parler haut et dru. En se rendant à la messe le dimanche d'après, Gertrude put facilement s'apercevoir de l'irritation des esprits. Tous les yeux courroucés se dirigeaient vers son banc, et quand, après l'office, elle traversa lentement la place, on évita de la saluer, et derrière elle des groupes se formèrent. On se la montrait par gestes et on ricanait. Elle n'en continua pas moins d'assister à la messe chaque dimanche, et cette attitude qu'on taxa d'effronterie et qu'on prit pour une provocation, acheva d'allumer la colère des bonnes âmes:

—Elle n'a pas froid aux yeux! disaient les hommes.

—C'est une honte, reprenaient en chœur les femmes et filles. Les garçons devraient aller lui faire un charivari!

Parmi les plus scandalisées se montrait la propre servante de l'Abbatiale, la revêche et inflexible Franchette. Elle n'avait jamais pu souffrir Gertrude, et rien qu'à la voir installée dans la maison de son maître, elle ne sentait plus de bornes à son courroux. Un soir, n'y tenant plus, elle vint trouver la jeune fille et lui demanda sèchement son compte.

—Pourquoi voulez-vous quitter l'Abbatiale? dit Gertrude.