—Ma nièce, ajouta madame de Mauprié de sa voix la plus veloutée, vous avez agi comme j'aurais fait moi-même, et vous êtes digne de la famille… Quant à cet orphelin, croyez bien que nous ne souffrirons pas qu'il reste à votre charge… Nous supporterons notre part des embarras qu'il pourra vous causer.
Gertrude sourit:
—Ne vous inquiétez pas de cela, ma tante, cet enfant est une joie et non un embarras… D'ailleurs, je sais quelqu'un qui m'aidera volontiers à l'élever…
Elle alla droit vers Xavier qui était resté cloué derrière son fauteuil, et lui tendant la main:
—Cousin Xavier, lui dit-elle d'une voix légèrement tremblante, ne vous souvient-il plus de la promesse que nous nous sommes faite, à B…, et ne voulez-vous plus de ma main?
Il releva la tête, et vit ses beaux yeux verts, pleins de pardon et de tendresse; d'un bond il s'élança vers elle, la serra dans ses bras et éclata en sanglots…
Alors vinrent les étonnements et les questions. Quand Gertrude eut expliqué à sa tante que Xavier était son fiancé depuis près de deux ans, il fallut subir les compliments de la veuve et les félicitations hypocrites de Reine et d'Honorine.
—Tu sais, lui murmura Reine en l'embrassant, nous n'avons jamais cru un mot des mauvais propos, et nous t'avons vertement défendue, va!
* * * * *
Enfin Xavier et Gertrude restèrent seuls. Ils s'enfuirent au jardin. L'enclos, couronné de grands arbres et bordé de charmilles, était plein de soleil, de bourdonnements d'insectes et de gazouillements de fauvettes. Les poiriers et les cerisiers secouaient en l'air leur blanche floraison, et des papillons couleur de soufre volaient au long des plates-bandes parfumées de giroflées et de lilas. Dans la grande allée, la nourrice promenait l'enfant de Rose Finoël en fredonnant une chanson berceuse, et sa voix claire s'harmonisait avec les épanouissements et les joies du mois de mai. L'enfant tendit les bras vers Gertrude. Xavier le prit dans ses mains, le baisa et, le passant à la jeune fille: