Cette promenade lui semblait une diversion salutaire ; elle la trouvait moins redoutable que le tête-à-tête du salon.
— Volontiers, répondit-il.
Ils étaient descendus vers la pelouse, où des massifs de pétunias exhalaient une odeur de girofle.
— Il ne suffit pas, reprit Mme Adrienne, de posséder une belle chose pour en jouir ; il faut encore être dans certaines dispositions d’esprit… Je n’étais pas dans ces conditions-là et j’ai passé ici bien des heures ennuyées. M. Lebreton, tout occupé de ses affaires, ne s’inquiétait pas de savoir si je trouvais les journées longues ; je n’avais auprès de moi ni amis ni enfants…
— Pas d’enfants ? Je croyais vous avoir entendu parler d’une fille…
— Adoptive, oui… Et cela vous prouve combien j’avais besoin de remplir ce vide dont je vous parlais. Mais là encore j’ai éprouvé une déception. Malgré mon désir de m’attacher à cette enfant, je n’ai pas pu la conserver près de moi… Et pourtant je l’aime bien, ma pauvre Sauvageonne !
— Sauvageonne ! s’écria-t-il étonné de ce nom bizarre.
— Elle s’appelle Denise, mais nous l’avions surnommée Sauvageonne, à cause de ses allures et de son caractère indomptable… C’est justement cette sauvagerie qui nous a forcés à la mettre au couvent. Ici, on n’en pouvait plus jouir, et là-bas, au Sacré-Cœur, elle a donné plus d’une fois du fil à retordre à ces dames.
— Quel âge a-t-elle ?
— Dix-sept ans… Elle commence à devenir raisonnable, et je compte la reprendre avec moi aux vacances prochaines…