— Pardon, madame, M. Pommeret est dans le petit salon.

Elle tressaillit comme une personne qu’on éveille en sursaut.

— Pourquoi, murmura-t-elle d’une voix brève, ne lui avoir pas dit que j’étais sortie ?

— Madame avait annoncé qu’elle rentrerait vers cinq heures, et j’ai cru bien faire en priant M. Pommeret d’attendre…

— C’est bien !… Prenez tout cela.

Elle se débarrassa vivement de son mantelet, de son paroissien et de son chapeau ; puis, le cœur battant, les cheveux un peu en désordre, elle entra dans la pièce où on avait introduit le garde-général.

Ce petit salon, meublé d’un corps de bibliothèque de chiffonniers, de tables à ouvrage et de sièges bas et confortables, était le séjour préféré d’Adrienne ; elle y travaillait et y recevait ses visiteurs pendant la semaine. — A cause de la grande ardeur du soleil, les persiennes avaient été fermées et le store baissé, de sorte qu’une demi-obscurité régnait dans cette pièce haute de plafond, qu’une jardinière garnie de fuchsias égayait de sa profusion de clochettes rouges et de verdures tombantes.

Le garde-général, tournant le dos à l’entrée, debout près du divan, feuilletait un journal illustré. Au bruit que fit le battant de la porte il se retourna et aperçut Mme Adrienne qui s’avançait, sérieuse et les sourcils froncés.

— Pardon, monsieur, commença-t-elle d’une voix dont elle essayait en vain de dissimuler le tremblement, j’étais sortie… Je regrette qu’on ne vous l’ait pas dit et qu’on vous ait fait ainsi perdre votre temps.

— On m’avait prévenu, madame, répliqua Francis en s’inclinant, mais on avait ajouté que vous étiez à l’église et que vous en reviendriez bientôt… Je me suis permis de vous attendre… Ce n’est pas du temps perdu.