Francis répondit qu’il était arrivé depuis huit jours. Le curé eut un hochement de tête contristé, où le jeune homme crut voir un reproche indirect. M. le doyen pensait sans doute que l’absence de son nouveau paroissien à la grand’messe du matin était un signe trop évident d’indifférence religieuse.
— Vous succédez, reprit l’abbé avec un soupir, à un homme que nous regrettons tous ; votre prédécesseur apportait un zèle méritoire à l’accomplissement de ses devoirs et il faisait l’édification de la paroisse.
Ici un second soupir comme pour dire : — Je crains bien qu’il ne soit pas remplacé sous ce rapport. — Francis, pour changer la conversation, parla des richesses forestières de la localité.
— Notre pays, répliqua brièvement le prêtre, n’offre pas beaucoup de distractions aux étrangers.
— Pourtant, hasarda le garde-général, il y a quelques ressources de société.
— Ici, chacun est tout entier à ses occupations, et on se voit peu… Autrefois, les fonctionnaires trouvaient un accueil hospitalier à la Mancienne, chez le maître de forges, mais depuis la mort de M. Lebreton, sa veuve ne reçoit plus… comme de juste.
— Son deuil est récent ?
— M. Lebreton est mort depuis neuf mois à peine… C’est une grande perte pour la paroisse… Il faisait beaucoup de bien.
La conversation languissait. Francis se leva et, voulant essayer de gagner le cœur du prêtre avant de prendre congé, il s’extasia sur la bibliothèque et demanda la permission d’y puiser quelquefois.
— Oh ! dit le curé avec une modestie voulue, je n’ai là que des livres utiles à l’exercice de mon ministère… Aucun ouvrage profane… Néanmoins, ajouta-t-il, tandis que ses lèvres minces ébauchaient un sourire poliment ironique, si vous êtes amateur de lecture, je possède la collection des pères grecs et latins, et je la mets à votre disposition.