— Tiens !… ça peut sembler jeune à un vieillard, mais moi, je trouve que c’est vieux… Et vous ?

— Je ne suis peut-être pas trop bon juge, et vous me rangez probablement aussi dans la catégorie des vieux.

— Vous ? par exemple !… Attendez ! — Elle l’examinait de haut en bas avec attention. Ses yeux fauves semblaient s’arrêter complaisamment sur la jolie barbe blonde bien peignée, les épaules robustes, la poitrine large et la taille élégante de Francis Pommeret. Et tout en le dévisageant avec la curiosité audacieuse et impertinente d’une jeune sauvage, elle laissait voir une naïve admiration qui ne pouvait qu’être très flatteuse pour son interlocuteur.

— Vous devez avoir plus de vingt ans, dit-elle enfin, mais pas beaucoup plus.

— J’en ai vingt-quatre.

— Eh bien ! vous voyez… Cela ne fait déjà pas une si grande différence entre nous.

— Oui, remarqua-t-il avec un accent ironique, en jetant un regard dédaigneux sur la toilette fripée de Denise, je pourrais à la rigueur demander votre main pour le jour où vous quitterez vos robes courtes.

— Pourquoi vous moquez-vous de moi ? s’écria-t-elle, vexée ; vous n’êtes pas poli !

Elle baissa les yeux, s’avisa que ses jambes devaient être à découvert et fut saisie d’un pudique embarras qui ne lui était pas venu jusque-là.

— Je voudrais bien descendre, murmura-t-elle, mais… vous me gênez, vous savez !