— Ça, c’est vrai… Mais je n’en viens pas moins à bout de lui imposer mes volontés. C’est une bonne femme, ma mère… un peu raide, mais bonne femme.

— Votre futur beau-père sera peut-être moins bon homme ?

— Oh ! celui-là, reprit-elle en secouant la tête, je le déteste d’avance !

Elle s’était assise à la turque dans l’herbe, les jambes repliées sous sa robe, et, ayant tiré de sa poche une douzaine de pommes sauvages, elle triait les plus appétissantes.

— En voulez-vous ? demanda-t-elle à Francis.

Et sur le geste négatif de celui-ci, elle en croqua une. Elle ouvrait sa grande bouche, et l’on voyait ses petites dents très blanches mordre avec sensualité dans le fruit d’un vert pâle.

Francis l’apercevait de profil. Le front busqué et le menton saillant de l’adolescente se découpaient nettement sur le fond verdoyant des cépées. Le rouge vif de ses lèvres se détachait dans l’ombre, tandis que le haut de sa tête demeurait en pleine lumière et que le soleil flambait dans les crépelures de ses cheveux roux.

— Drôle de créature ! pensait Francis en l’écoutant croquer bruyamment sa pomme juteuse… Que vous détestiez votre futur beau-père, reprit-il tout haut, cela se comprend, mais que vous le gouverniez à votre gré comme votre mère adoptive, ce sera probablement plus difficile… Il aura sa volonté, lui aussi, et il essaiera peut-être de vous faire plier à son tour.

— Je ne l’engage pas à essayer ! grommela-t-elle entre ses dents.

— Hem ! objecta le garde-général en dissimulant une grimace de mécontentement, il sera le maître, et il faudra que vous cédiez pour avoir la paix.