— Oui, figure-toi que nous l’avons trouvée à demi évanouie sur le bord de la route… En plein soleil ! il y avait de quoi la tuer… Oh ! j’ai bien deviné tout de suite qu’elle avait commis quelque nouvelle incartade… Elle ne voulait pas revenir, et nous avons été obligés de l’emporter de force. — Maintenant, elle va mieux, mais elle est encore faible, et il ne faudra pas être trop rude avec elle.
Abasourdi, il regardait alternativement sa femme et la jeune fille qui avait fini par descendre avec l’aide de Zélie. Elle passa près de lui, blanche comme un cierge, et marcha presque automatiquement dans le vestibule, sans avoir l’air de voir Francis.
— Mon ami, reprit Adrienne en glissant son bras sous celui de son mari, sois indulgent !… Je suis sûre que tu l’as traitée avec trop de sévérité, et c’est une fille qu’il ne faut pas brusquer… Reste avec elle pendant que je vais changer de robe ; dis-lui une bonne parole ! — Elle rejoignit Denise et la baisa au front : — A tout à l’heure, mon enfant, continua-t-elle ; je te laisse faire la paix avec ton beau-père.
Mme Pommeret était entrée avec Zélie dans la pièce où on avait porté les bagages. Francis respirait plus librement en songeant qu’après tout Denise n’avait rien dit de compromettant. Il s’arrêta sur le seuil de la chambre où la jeune fille venait de pénétrer.
— Denise ?… commença-t-il avec un accent interrogatif.
Elle leva sur lui un regard sombre, et ses lèvres pâles se desserrèrent enfin :
— N’ayez pas peur, interrompit-elle, je ne suis pas revenue de mon plein gré, allez ! — Elle fit quelques pas dans la chambre, puis, se retournant, elle ajouta avec une sourde voix rageuse : — Si vous saviez comme je vous méprise !
Et la porte se referma violemment au nez de Francis.
V
Une semaine se passa, et malgré les tentatives conciliatrices de Mme Pommeret le bon accord ne se rétablit pas entre Denise et Francis. Adrienne n’y comprenait rien. Elle savait par expérience que, si les colères de Sauvageonne étaient violentes, elles ne duraient pas longtemps d’ordinaire, et cette rancune persistante l’étonnait d’autant plus qu’elle ne pouvait obtenir ni de son mari ni de Denise la raison de cette brouille mystérieuse. Si elle s’adressait à Francis, il haussait les épaules et répondait avec humeur :